Citations 1-8

Dans cette page, des citations nouvelles apparaîtront au hasard des rencontres et en écho aux articles publiés par ailleurs.

 

8- POLICE DES BAINS DE MER, ARRETE DU MAIRE DE GRANVILLE, 1837    

Article 1.Dans la Grève du Nord, la partie de la plage comprise entre le rocher le plus à l’Ouest, et la  gaule placée à l’Est, est destinée exclusivement au bain des femmes. La partie comprise entre cette gaule et les rochers, toujours à l’Est, est destinée aux bains des hommes habillés. Enfin toute la partie de la Grève au-delà de ces rochers, à l’Est, est destinée au bain des hommes non-habillés.

Article 2. Les hommes habillés, dont il est parlé en l’article 1er, seront vêtus d’un caleçon en tricot.

Article 3. Il est interdit aux hommes de se promener ou de stationner sur ou le long de la Grève occupée par les femmes, durant le bain de celles-ci. (…)

Article 9. Un agent de police, chargé spécialement  de surveiller et d’assurer l’exécution des dispositions ci-dessus, se tiendra sur le lieu des bains. Les contrevenants à ces dispositions seront passibles des peines ordinaires de police, et l’on croit à cet égard devoir rappeler aux parents et tuteurs, qu’ils sont personnellement responsables des délits commis par leurs enfants et pupilles, habitant avec eux.

A Granville, le 1er juillet 1837, Le Maire, F. VALLEE

Exposition Tous à la plage, Cité de l’Architecture et du Patrimoine, Paris oct. 2016 – fév. 2017.

7- FORMES DE VIE                                                                            « La solution du problème que tu vois dans la vie, c’est une manière de vivre qui fasse disparaître le problème.»  Wittgenstein, Remarques mêlées (1978, ouvrage posthume). Il ne suffit pas de nommer ou d’interpréter ce problème, il faut l’insérer dans une pratique, dans une « forme de vie ».

Dans un autre contexte, un autre langage et d’autres formes de vie, Laozi (Lao Tseu) disait, il y a 2500 ans : « Le sage ne va pas mal ; c’est son mal qui va mal / Quant à lui-même il va fort bien » Le Livre de la Voie et de sa Vertu §71, traduction d’Anne Cheng Histoire de la pensée chinoise. Points Essais p195

6 DIRE INTERMINABLE                                                                                      « Ce qui est dit n’est jamais dit puisqu’on peut le dire autrement » Robert Pinget. Citation extraite du texte de Jean Roudaut intitulé Robert Pinget, Le vieil homme et l’enfant (éd. Zoé, 2001.)

5 – WANG WEI. QUATRE POEMES TAOISTES

Quelle est, demandez-vous, l’ultime vérité ?
– Chant de pêcheur, dans les roseaux, qui s’éloigne.

Marcher jusqu’au lieu où tarit la source
Et attendre, assis, que se lèvent les nuages
Parfois, errant, je rencontre un ermite :
On parle, on rit, sans souci de retour

Dans la montagne vide l’homme est invisible
Où la voix seule vient en échos.
Les ombres du couchant s’inversent dans la forêt –
Sur la mousse renaît la lumière

Si vous cherchez l’oubli des pensées
venez me voir –
Vous pourrez arroser les doux
légumes de mon jardin.

Cités par François CHENG dans Toute beauté est singulière. Peintres chinois de la Voie excentrique, éditions Phébus, pp. 90, 150, 228. Wang Wei a vécu au VIIIème siècle de notre ère.

4- CLAIR OBSCUR
« Ainsi, nombreux sont les mots qui n’ont pas de sens précis. Mais ce n’est pas là un défaut. Croire que c’est un défaut, ce serait à peu près comme si je vous disais que ma lampe de chevet n’est pas une vraie lampe parce que je suis incapable de dire avec certitude où s’arrête l’orbe de sa lumière.» Ludwig Wittgenstein Le Cahier bleu, p.84 éd. Tel Gallimard

3- SAGESSE SOUFIE
« Ô musulman, comment délibérer ? Moi, je ne sais qui je suis / je ne suis ni chrétien, ni juif, ni zoroastrien, ni musulman / ni d’Orient, ni d’Occident, ni d’en haut, ni d’en bas / ni des éléments de la nature, ni des sphères qui tournent / je ne suis ni hindou, ni chinois, ni bulgare, ni turc / ni d’Irak, ni du Khorassan / Mon signe est un non-signe, mon lieu est un non-lieu / Je ne suis ni corps, ni esprit / Mon âme est l’Esprit des esprits / Lorsque je profère la dualité je vois le monde Un / Je vois Un, je chante Un, je sais Un, je lis Un. » Jalâloddin Rûmi, poète persan, XIIIème siècle ; cité par Abdelwahab Meddeb dans Instants soufis p.43, éd. Albin Michel.
Déjà Paul, à sa façon : « Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni libre, il n’y a plus ni homme ni femme; car tous vous êtes un en Jésus-Christ. » Galates 3 :28
Paroles de traverse : au contraire de l’islam politique qui oppose, l’islam mystique des soufis unifie les hommes sous l’omniprésence du Dieu unique.
Quittant la référence religieuse, trois remarques :
1) je ne suis ni cela ni cela, tout autant donc je suis et ceci et cela
2) l’universel humain n’efface ni la particularité culturelle ni la singularité individuelle
3) en deçà de l’Un et plus « grand » que lui, le « vide », vraie source de l’un et du multiple ? Suggestion physique (l’énergie quantique du vide), mathématique (l’ensemble vide) et philosophique (depuis les intuitions de l’hindouisme, du bouddhisme et du taoïsme).

2- PRESOMPTION
« Le cerveau philosophique est un estomac qui digère à l’envers. On vous donne de la merde et vous en faites un aliment » Raphaël Enthoven (Libération du 28/09/11).
Paroles de traverse: il arrive que ce cerveau reçoive du Ducasse et le transforme en McDo.     

1- BLAGUE SUPERIEURE                                                                                  « Quand l’homme prend l’univers entier comme une vaste blague, certains moments de cette affaire étrange et bigarrée que nous appelons la vie lui apparaissent terriblement cocasses et, bien qu’il n’aperçoive que vaguement l’esprit de cette blague, et bien qu’il se doute qu’elle se fait à ses propre dépens, rien ne le décourage, rien ne lui semble valoir la peine d’une discussion. » Herman Melville. Moby Dick, chap. 49

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