Citations 1-9

Dans cette page, des citations nouvelles apparaîtront au hasard des rencontres et en écho aux articles publiés par ailleurs. Toutes ces citations sont “originales”

 

9. L’ŒUVRE DE L’HOMME N’EST PAS FINIE

« Et nous sommes debout maintenant, mon pays et moi, les cheveux dans le vent, ma main petite maintenant dans son poing énorme et la force n’est pas en nous, mais au-dessus de nous, dans une voix qui vrille la nuit et l’audience comme la pénétrance d’une guêpe apocalyptique. Et la voix prononce que l’Europe nous a pendant des siècles gavés de mensonges et gonflés de pestilences,

Car il n’est point vrai que l’œuvre de l’homme est finie

que nous n’avons rien à faire au monde

que nous parasitons le monde

qu’il suffit que nous nous mettions au pas du monde

mais l’œuvre de l’homme vient seulement de commencer

et il reste à l’homme à conquérir toute interdiction immobilisée aux coins de sa ferveur

et aucune race ne possède le monopole de la beauté, de l’intelligence, de la force

et il est place pour tous au rendez-vous de la conquête et nous savons maintenant que le soleil tourne autour de notre terre éclairant la parcelle qu’a fixée notre volonté seule et que toute étoile chute de ciel en terre à notre commandement sans limite. »

Aimé Césaire. Cahier d’un retour au pays natal. 1947. Edition Présence africaine, 2008, page 57

Aimé Césaire (1913-2008, écrivain et homme politique martiniquais) bouscule l’universel formel de l’homme, caractéristique, selon lui, de la colonisation française, au profit d’un universel concret, appuyé sur la singularité de chaque personne et la particularité de chaque peuple, mais ouvertes aux autres. Contre un universel de surplomb déjà donné, pour un universel comme horizon, enrichi de toutes les différences. C’est un témoin du mouvement de la « négritude ».

 

8. DEMOCRATIE PARTICIPATIVE, DEMOCRATIE LOCALE

En écho aux évènements de décembre 2018 (mouvement des gilets jaunes) et au grand débat sur l’usage de la démocratie et sur le fonctionnement de notre République, je m’autorise ici une auto-citation. Dans la conclusion d’un article intitulé Quelle ville voulons-nous ? (1) Plaidoyer pour une «ville durable», le cas de Concarneau, publiée en 2016 sur le site d’Asso-Cornouaille, je déclarais ceci :

« Concrètement, on peut penser à différentes procédures: conseils de quartier aux portes et fenêtres ouvertes, ayant libre accès aux documents municipaux et dotés d’un « budget participatif »; ateliers qui donnent « une part aux sans-part » en permettant aux citoyens restés en marge de la vie collective d’exprimer leurs compétences « de terrain » ; jury citoyen réuni par tirage au sort ; droit de pétition pour saisine du Conseil municipal ; référendum d’initiative locale; commission de contrôle des engagements municipaux ; etc. La démocratie participative a un caractère intempestif, elle est inconfortable pour les élus et pour les services municipaux ; elle demande une volonté politique des élus et un investissement prolongé des citoyens. Elle n’est pas la panacée. Mais il faut la tenter. C’est une agora qui permet, par son simple fonctionnement, de dépasser la politique de l’intérêt à courte vue de quelques-uns au profit d’une réflexion sur le bien commun.»

 

7- FORMES DE VIE                                                                           

« La solution du problème que tu vois dans la vie, c’est une manière de vivre qui fasse disparaître le problème.»  Wittgenstein, Remarques mêlées (1978, ouvrage posthume). Il ne suffit pas de nommer ou d’interpréter ce problème, il faut l’insérer dans une pratique, dans une « forme de vie ».

Dans un autre contexte, un autre langage et d’autres formes de vie, Laozi (Lao Tseu) disait, il y a 2500 ans : « Le sage ne va pas mal ; c’est son mal qui va mal / Quant à lui-même il va fort bien » Le Livre de la Voie et de sa Vertu §71, traduction d’Anne Cheng Histoire de la pensée chinoise. Points Essais p195

 

6 DIRE INTERMINABLE          

« Ce qui est dit n’est jamais dit puisqu’on peut le dire autrement » Robert Pinget. Citation extraite du texte de Jean Roudaut intitulé Robert Pinget, Le vieil homme et l’enfant (éd. Zoé, 2001.)

 

5 – WANG WEI. QUATRE POEMES TAOISTES

Quelle est, demandez-vous, l’ultime vérité ?
– Chant de pêcheur, dans les roseaux, qui s’éloigne.

Marcher jusqu’au lieu où tarit la source
Et attendre, assis, que se lèvent les nuages
Parfois, errant, je rencontre un ermite :
On parle, on rit, sans souci de retour

Dans la montagne vide l’homme est invisible
Où la voix seule vient en échos.
Les ombres du couchant s’inversent dans la forêt –
Sur la mousse renaît la lumière

Si vous cherchez l’oubli des pensées
venez me voir –
Vous pourrez arroser les doux
légumes de mon jardin.

Cités par François CHENG dans Toute beauté est singulière. Peintres chinois de la Voie excentrique, éditions Phébus, pp. 90, 150, 228. Wang Wei a vécu au VIIIème siècle de notre ère.

 

4- CLAIR OBSCUR

« Ainsi, nombreux sont les mots qui n’ont pas de sens précis. Mais ce n’est pas là un défaut. Croire que c’est un défaut, ce serait à peu près comme si je vous disais que ma lampe de chevet n’est pas une vraie lampe parce que je suis incapable de dire avec certitude où s’arrête l’orbe de sa lumière.» Ludwig Wittgenstein Le Cahier bleu, p.84 éd. Tel Gallimard

 

3- SAGESSE SOUFIE

« Ô musulman, comment délibérer ? Moi, je ne sais qui je suis / je ne suis ni chrétien, ni juif, ni zoroastrien, ni musulman / ni d’Orient, ni d’Occident, ni d’en haut, ni d’en bas / ni des éléments de la nature, ni des sphères qui tournent / je ne suis ni hindou, ni chinois, ni bulgare, ni turc / ni d’Irak, ni du Khorassan / Mon signe est un non-signe, mon lieu est un non-lieu / Je ne suis ni corps, ni esprit / Mon âme est l’Esprit des esprits / Lorsque je profère la dualité je vois le monde Un / Je vois Un, je chante Un, je sais Un, je lis Un. » Jalâloddin Rûmi, poète persan, XIIIème siècle ; cité par Abdelwahab Meddeb dans Instants soufis p.43, éd. Albin Michel.
Déjà Paul, à sa façon : « Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni libre, il n’y a plus ni homme ni femme; car tous vous êtes un en Jésus-Christ. » Galates 3 :28
Paroles de traverse : au contraire de l’islam politique qui oppose, l’islam mystique des soufis unifie les hommes sous l’omniprésence du Dieu unique.
Quittant la référence religieuse, trois remarques :
1) je ne suis ni cela ni cela, tout autant donc je suis et ceci et cela
2) l’universel humain n’efface ni la particularité culturelle ni la singularité individuelle
3) en deçà de l’Un et plus « grand » que lui, le « vide », vraie source de l’un et du multiple ? Suggestion physique (l’énergie quantique du vide), mathématique (l’ensemble vide) et philosophique (depuis les intuitions de l’hindouisme, du bouddhisme et du taoïsme).

 

2- PRESOMPTION

“Le cerveau philosophique est un estomac qui digère à l’envers. On vous donne de la merde et vous en faites un aliment” Raphaël Enthoven (Libération du 28/09/11).
Paroles de traverse: il arrive que ce cerveau reçoive du Bocuse et le transforme en McDo.     

 

1- BLAGUE SUPERIEURE

« Quand l’homme prend l’univers entier comme une vaste blague, certains moments de cette affaire étrange et bigarrée que nous appelons la vie lui apparaissent terriblement cocasses et, bien qu’il n’aperçoive que vaguement l’esprit de cette blague, et bien qu’il se doute qu’elle se fait à ses propre dépens, rien ne le décourage, rien ne lui semble valoir la peine d’une discussion. » Herman Melville. Moby Dick, chap. 49

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