{"id":24,"date":"2014-07-01T12:49:02","date_gmt":"2014-07-01T11:49:02","guid":{"rendered":"http:\/\/www.parolesdetraverse.fr\/?p=24"},"modified":"2015-04-11T19:30:00","modified_gmt":"2015-04-11T18:30:00","slug":"michel-onfray-la-mystification-2","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.parolesdetraverse.fr\/?p=24","title":{"rendered":"Michel Onfray, la mystification (2)"},"content":{"rendered":"<div>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>La premi\u00e8re partie effectuait un parcours critique du texte de Michel Onfray, <em>Le cr\u00e9puscule d\u2019une idole<\/em>, \u00e0 travers la naissance de la psychanalyse, sa m\u00e9thode th\u00e9rapeutique et quelques-uns de ses concepts. La deuxi\u00e8me partie aborde les aspects plus politiques des propos et des \u00e9crits de Freud, ainsi que la question de la validit\u00e9 th\u00e9orique de la psychanalyse.<!--more--><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>SOMMAIRE DE LA DEUXIEME PARTIE\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0<\/strong><br \/>\n19. Lib\u00e9ration sexuelle\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 27. Psychique et somatique<br \/>\n20. La place des femmes\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 28. Inconscient<br \/>\n21. Perversions\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 29. R\u00e9el, imaginaire, symbolique<br \/>\n22. D\u00e9mocratie vs fascisme\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 30. Mythe scientifique<br \/>\n23. Eros vs Thanatos\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 31. Anti-psychanalyse<br \/>\n24. Science vs fable\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 32. Comportementalisme<br \/>\n25. Dogmatisme\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 CONCLUSION<br \/>\n26. Doutes\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 ANNEXES<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>19. Lib\u00e9ration sexuelle<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Freud d\u00e9nonce le conformisme de son \u00e9poque avec sa r\u00e9pression (excessive) des pulsions, source de n\u00e9vrose, et affirme la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une r\u00e9pression (mod\u00e9r\u00e9e) des pulsions (V, 1 et 2). Il pr\u00f4ne un ajustement du <em>principe de plaisir<\/em> (la n\u00e9cessaire satisfaction individuelle) et du <em>principe de r\u00e9alit\u00e9<\/em> (la n\u00e9cessaire r\u00e9gulation sociale). Il n\u2019y a pas l\u00e0 de quoi fouetter un chat: on est en face d\u2019une \u00e9thique de la mod\u00e9ration.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Freud est socialement r\u00e9formiste et non r\u00e9volutionnaire, il ne porte pas le drapeau de la \u00ab\u00a0lib\u00e9ration sexuelle politique et sociale\u00a0\u00bb, seulement celui d\u2019une lib\u00e9ration individuelle mod\u00e9r\u00e9e (p.491): c\u2019est peut-\u00eatre un peu court, mais peut-on demander \u00e0 Freud d\u2019\u00eatre aussi un grand penseur politique ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>20. La place des femmes.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Onfray fait de Freud un misogyne, un phallocrate et un homophobe (V,4 p.506). Il est vrai que le discours de Freud est souvent sexiste, surtout dans ses d\u00e9buts. L\u2019avenir id\u00e9al de la femme c\u2019est la m\u00e8re \u2013 et dans ce but, elle doit passer de la satisfaction clitoridienne \u00e0 la satisfaction vaginale (p.512). Freud, sur ce point, a du mal \u00e0 s\u2019extraire des pr\u00e9jug\u00e9s de son \u00e9poque. Mais il n\u2019est pas tendre non plus avec les hommes.<\/p>\n<div id=\"attachment_70\" style=\"width: 250px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"http:\/\/www.parolesdetraverse.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/picasso-1000.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-70\" class=\"size-medium wp-image-70\" src=\"http:\/\/www.parolesdetraverse.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/picasso-1000-240x300.jpg\" alt=\"Pablo Picasso, Femme au miroir, 1932\" width=\"240\" height=\"300\" srcset=\"http:\/\/www.parolesdetraverse.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/picasso-1000-240x300.jpg 240w, http:\/\/www.parolesdetraverse.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/picasso-1000-822x1024.jpg 822w, http:\/\/www.parolesdetraverse.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/picasso-1000.jpg 900w\" sizes=\"auto, (max-width: 240px) 100vw, 240px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-70\" class=\"wp-caption-text\">Pablo Picasso, Femme au miroir, 1932<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est phallocentrique, mais pas misogyne: <em>le phallus<\/em> est le d\u00e9terminant majeur pour les deux sexes (Lacan le qualifiera de signifiant premier: il s\u2019agit non du p\u00e9nis mais d\u2019un d\u00e9terminant symbolique <em>maternel).<\/em> Au final, Freud reste muet devant ce myst\u00e8re: il parle de la femme comme \u00ab\u00a0d\u2019un continent noir\u00a0\u00bb (cf. p.507), il se demande: \u00ab\u00a0Que veut la femme?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Soit le texte C<em>ons\u00e9quences psychiques de la diff\u00e9rence des sexes<\/em> (1925) dans lequel Freud pr\u00e9cise d\u2019embl\u00e9e qu\u2019il ne fait que pr\u00e9senter une \u00e9bauche qui en appelle \u00e0 de nouvelles recherches. Onfray d\u00e9clare pourtant ceci (p10): ce texte \u00ab\u00a0l\u2019affirme clairement: le corps f\u00e9minin est \u00ab\u00a0une cr\u00e9ature mutil\u00e9e\u00a0\u00bb\u2026 Dans l\u2019esprit de Freud\u2026 la femme personnifie le sous-homme\u00a0\u00bb. Sous-homme ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une fois de plus, on a une lecture \u00e0 contre-sens. En effet, Freud ne fait que d\u00e9crire la r\u00e9action du petit gar\u00e7on \u00e0 la vue du sexe d\u00e9nud\u00e9 d\u2019une petite fille, s\u2019apercevant qu\u2019elle n\u2019a pas de p\u00e9nis. A ce moment, dit Freud, deux r\u00e9actions peuvent na\u00eetre chez le petit gar\u00e7on, qui \u00ab\u00a0<em>d\u00e9termineront de mani\u00e8re permanente son rapport \u00e0 la femme: r\u00e9pugnance face \u00e0 cette cr\u00e9ature mutil\u00e9e ou d\u00e9pr\u00e9ciation triomphante de celle-ci<\/em> \u00a0\u00bb Il analyse ensuite la r\u00e9action de la petite fille faisant le constat sym\u00e9trique, avec le th\u00e8me de l\u2019envie de p\u00e9nis puis du d\u00e9sir d\u2019enfant (OC, XVII p.195 sq.).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Freud d\u00e9voile (\u00e0 juste titre ou pas, c\u2019est une autre question) la naissance de la croyance masculine de l\u2019inf\u00e9riorit\u00e9 de la femme chez le petit gar\u00e7on (et chez la petite fille), il ne reprend pas \u00e0 son compte l\u2019id\u00e9e que la femme est <em>en soi<\/em> une cr\u00e9ature mutil\u00e9e: bien au contraire, la femme est autant dot\u00e9e sexuellement que l\u2019homme, voire plus. Freud ajoute ceci: \u00ab\u00a0<em>tous les individus humains\u2026 r\u00e9unissent en eux des caract\u00e8res masculins et f\u00e9minins<\/em>\u00ab\u00a0, caract\u00e8res dont il affirme en outre que la qualification de <em>\u00ab\u00a0masculin\u00a0\u00bb<\/em> (actif) ou <em>\u00ab\u00a0f\u00e9minin\u00a0\u00bb<\/em> (passif) leur est attribu\u00e9e de fa\u00e7on conventionnelle (cf. p.513): le genre n\u2019est pas aussi net que le sexe!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>21. Perversions<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Onfray parle du \u00ab\u00a0combat de toute son existence [celle de Freud] contre la masturbation\u00a0\u00bb (III,4 p.307). Freud fait de la masturbation (en r\u00e9alit\u00e9 de l\u2019addiction \u00e0 la masturbation) la cause de la neurasth\u00e9nie, d\u2019accord en cela avec la pens\u00e9e dominante (V,3), alors qu\u2019il est lui-m\u00eame, selon Onfray, un grand masturbateur (la preuve: il a \u00ab\u00a0toujours de gros trous dans les poches de ses pantalons\u00a0\u00bb ! p.566). Il est vrai que cet auto-\u00e9rotisme semble avou\u00e9 par Freud, et qu\u2019il est reli\u00e9 th\u00e9oriquement au d\u00e9sir incestueux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La question de la d\u00e9finition de la sexualit\u00e9 et de la perversion est ici en jeu. Freud donne une d\u00e9finition extensive de la sexualit\u00e9 (li\u00e9e \u00e0 la notion de zone \u00e9rog\u00e8ne avec \u00e9tayage sur un besoin physiologique). Elle englobe une sexualit\u00e9 infantile qu\u2019il est le premier \u00e0 d\u00e9crire syst\u00e9matiquement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La perversion couvre un large \u00e9ventail de comportements, de la sexualit\u00e9 infantile (avec ses \u00ab\u00a0pulsions partielles\u00a0\u00bb, par exemple le su\u00e7otement) aux comportements adultes \u00ab\u00a0d\u00e9viants\u00a0\u00bb (marqu\u00e9es par le d\u00e9ni). Freud d\u00e9finit la perversion par rapport \u00e0 une norme admise qui est le co\u00eft, inscrit dans la fonction de procr\u00e9ation. Il y a une assomption de la \u00ab\u00a0perversion\u00a0\u00bb de l\u2019enfant et du complexe d\u2019Oedipe, comme pr\u00e9paration \u00e0 la g\u00e9nitalit\u00e9 adulte. Par cons\u00e9quent la masturbation et l\u2019homosexualit\u00e9 sont des \u00ab\u00a0perversions\u00a0\u00bb car elles signifient une arr\u00eat du d\u00e9veloppement de la pulsion par \u00ab\u00a0un choix narcissique d\u2019objet\u00a0\u00bb. Cependant, perversion a perdu son caract\u00e8re p\u00e9joratif.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour ce qui est de l\u2019homosexualit\u00e9 (V,4 p.513 sq.), on ne peut parler d\u2019homophobie chez Freud. Onfray reconna\u00eet d\u2019ailleurs qu\u2019il refuse la p\u00e9nalisation de l\u2019homosexualit\u00e9 d\u00e8s 1897. Freud se situe ici dans une tol\u00e9rance plus grande que les hommes de son temps. Il identifie de \u00ab\u00a0grands hommes\u00a0\u00bb homosexuels. En 1935 <em>(Dictionnaire<\/em> p.681), il \u00e9crit que l\u2019homosexualit\u00e9 n\u2019est ni un <em>vice<\/em> ni une <em>maladie. <\/em>Elle existe \u00e0 l\u2019\u00e9tat latent chez chacun d\u2019entre nous en raison de la bisexualit\u00e9 originelle de l\u2019\u00eatre humain.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">N\u00e9anmoins les d\u00e9finitions donn\u00e9es par Freud de ce qui est sexuel et de ce qui est pervers sont contre-intuitives et sujettes \u00e0 d\u00e9bat \u2013 un point qu\u2019Onfray n\u2019exploite pourtant pas. Quant \u00e0 la psychanalyse fran\u00e7aise d\u2019apr\u00e8s Freud, elle a troqu\u00e9, avec Lacan, la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 une \u00ab\u00a0norme\u00a0\u00bb psycho-sociale pour une <em>\u00e9thique du d\u00e9sir<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>22. D\u00e9mocratie <em>vs<\/em> fascisme<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La solution freudienne \u00e0 la n\u00e9vrose est individuelle et non pas sociale: c\u2019est la critique qu\u2019adresse Onfray, lui qui est pourtant l\u2019ap\u00f4tre de \u00ab\u00a0la sculpture de soi.\u00a0\u00bb Or, on ne voit pas comment une r\u00e9volution sociale pourrait abolir la dimension individuelle de la sexualit\u00e9 ainsi que toute souffrance psychique. Freud ne nie pas le r\u00f4le du contexte social mais se situe sur un autre terrain.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais surtout, Onfray affirme la compatibilit\u00e9 de la psychanalyse freudienne avec le fascisme. Cela se manifesterait par le culte du chef, l\u2019absence de pacifisme, la complaisance pour le fascisme et le nazisme, la critique du bolch\u00e9visme, la d\u00e9construction du juda\u00efsme \u00ab\u00a0au pire moment\u00a0\u00bb, en 1939, avec <em>L\u2019Homme Mo\u00efse et le monoth\u00e9isme<\/em>, sans parler du fait, d\u00e9j\u00e0 signal\u00e9, que Freud confondrait bourreau nazi et victime du nazisme (V,5 et 6).<\/p>\n<div id=\"attachment_65\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption alignright\"><a href=\"http:\/\/www.parolesdetraverse.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/guernica-300.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-65\" class=\"size-medium wp-image-65\" src=\"http:\/\/www.parolesdetraverse.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/guernica-300-300x211.jpg\" alt=\"Pablo Picasso, Femme au miroir, 1932\" width=\"300\" height=\"211\" srcset=\"http:\/\/www.parolesdetraverse.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/guernica-300-300x211.jpg 300w, http:\/\/www.parolesdetraverse.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/guernica-300.jpg 425w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-65\" class=\"wp-caption-text\">Pablo Picasso, Femme au miroir, 1932<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Prenons le texte de Freud <em>Psychologie des masses et analyse du moi<\/em> (1921): est-il une apologie de la manipulation des masses par le leader, comme le pr\u00e9tend Onfray (p.541 sq.) ? Dans ce texte, Freud d\u00e9crit le m\u00e9canisme par lequel un chef domine la foule, prenant la place de l\u2019<em>id\u00e9al du moi<\/em>; il ne passe pas du descriptif au normatif: il ne dit pas que les soci\u00e9t\u00e9s doivent \u00eatre men\u00e9es par des chefs. Or si cette description peut \u00eatre utilis\u00e9e par le manipulateur, elle sert au moins autant l\u2019\u00e9mancipateur, lui permettant de d\u00e9crypter cette manipulation. Onfray r\u00e9p\u00e8te l\u2019erreur de confondre l\u2019\u00e9metteur d\u2019une id\u00e9e avec le partisan de cette id\u00e9e: faut-il le redire, expliquer et justifier sont deux choses diff\u00e9rentes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Freud critique souvent le communisme \u2013 dont il fait \u00ab\u00a0r\u00e9guli\u00e8rement\u2026 de longues analyses\u00a0\u00bb (p226), en r\u00e9alit\u00e9 rares et courtes (cf. p536) \u2013 mais reste indiff\u00e9rent aux crimes de l\u2019austro-fascisme et ne pr\u00e9sente nulle part une critique en r\u00e8gle du nazisme. Et m\u00eame, en avril 1933, \u00e0 la demande d\u2019un ami, il d\u00e9dicace \u00ab <em>Pourquoi la guerre ?<\/em> \u00bb \u00e0 Mussolini : \u00ab <em>salut respectueux<\/em> \u00bb \u00e9crit-il, au \u00ab <em>h\u00e9ros de la culture<\/em> \u00bb (p.524 sq.) Quel est le contexte de cette d\u00e9dicace ? Mussolini n\u2019est pas antis\u00e9mite et Freud esp\u00e8re sa protection alors qu\u2019Hitler vient de prendre le pouvoir en Allemagne. L\u2019antis\u00e9mitisme d\u2019Etat du r\u00e9gime mussolinien est post\u00e9rieur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Certes, Freud, en 1933, a essay\u00e9 de maintenir une pr\u00e9sence de la psychanalyse dans l\u2019Allemagne gagn\u00e9e au nazisme (p.547 sq.). Sans r\u00e9sultat: la psychanalyse a \u00e9t\u00e9 effac\u00e9e comme \u00ab\u00a0science juive\u00a0\u00bb et les psychanalystes, juifs ou non-juifs, se sont exil\u00e9s \u2013 comme Freud qui quitte Vienne en 1938 -, d\u2019autres sont morts en d\u00e9portation. N\u2019est rest\u00e9e en Allemagne qu\u2019une psychoth\u00e9rapie aryanis\u00e9e (l\u2019Institut G\u00f6ring), nettoy\u00e9e de toute substance freudienne (<em>Dictionnaire<\/em> p.1053 sq.). C\u2019est Jung, s\u00e9par\u00e9 de Freud pour s\u2019installer sur une autre plan\u00e8te th\u00e9orique, qui s\u2019est compromis avec le nazisme. De son c\u00f4t\u00e9 le stalinisme a proscrit la psychanalyse comme \u00ab\u00a0science bourgeoise\u00a0\u00bb, pr\u00e9f\u00e9rant Pavlov \u00e0 Freud. La psychanalyse ne s\u2019est \u00e9panouie que dans les r\u00e9gimes d\u00e9mocratiques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Onfray est partial: dans l\u2019<em>Avant-propos<\/em> (1938) de <em>L\u2019Homme Mo\u00efse et le monoth\u00e9isme<\/em>, Freud critique plus s\u00e9v\u00e8rement encore le nazisme et le fascisme italien que le r\u00e9gime sovi\u00e9tique. <em>L\u2019Homme Mo\u00efse<\/em>, contrairement \u00e0 ce qu\u2019il avance, n\u2019a pas servi d\u2019arme aux anti-s\u00e9mites. Ce texte n\u2019est qu\u2019une tentative d\u2019expliquer pourquoi les juifs se sont attir\u00e9 une haine universelle et se retrouvent face \u00e0 de nouvelles pers\u00e9cutions*.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sans doute, Freud se montre opportuniste, il est un conservateur en politique et tient des propos de m\u00e9pris pour les masses incultes, il pense que les hommes doivent \u00eatre conduits par une \u00e9lite. Mais on ne peut en dire plus, si l\u2019on \u00e9coute bien tout ce qu\u2019il dit: nulle part il n\u2019est l\u2019ennemi de la d\u00e9mocratie, bien au contraire: <em>Malaise dans la civilisation<\/em> (1930) d\u00e9nonce la barbarie qui assombrit l\u2019horizon.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quoi qu\u2019il en soit, si l\u2019image du personnage en est ternie (c\u2019est ce qui int\u00e9resse Onfray), la position conservatrice\u00a0\u00bb de Freud en politique n\u2019invalide pas la psychanalyse. On verra que Onfray, de son c\u00f4t\u00e9, n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 puiser dans la pens\u00e9e de droite.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>23. Eros <em>vs<\/em> Thanatos<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De plus, selon Onfray, si Freud \u00e9nonce la <em>pulsion de mort<\/em> (r\u00e9duction de la tension, retour \u00e0 l\u2019inorganique par le d\u00e9tour de la vie), c\u2019est qu\u2019il adh\u00e8re au nihilisme contemporain, lequel d\u00e9bouche sur le nazisme: raccourci stupide et injurieux. Sans doute Freud est-il fonci\u00e8rement pessimiste sur la \u00ab\u00a0nature humaine\u00a0\u00bb (V,1). Non sans raison, <em>Malaise dans la civilisation<\/em> (1930) insiste sur la fragilit\u00e9 de la civilisation comme entreprise de canalisation de la pulsion de mort au prix de la d\u00e9signation d\u2019un groupe qui fait office de victime \u00e9missaire. Mais au final, Freud travaille pour la <em>pulsion de vie<\/em>, pour un accroissement de la vie, pour l\u2019\u00e9mancipation des liens morbides qui nous font r\u00e9p\u00e9ter une souffrance. Sur le plan plus large des soci\u00e9t\u00e9s humaines, il en appelle \u00e0 un sursaut d\u2019Eros, la pulsion de vie, face aux forces de destruction montantes (derni\u00e8re page de <em>Malaise dans la civilisation<\/em>.)<\/p>\n<div id=\"attachment_63\" style=\"width: 305px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"http:\/\/www.parolesdetraverse.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/goya-999.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-63\" class=\"size-medium wp-image-63\" src=\"http:\/\/www.parolesdetraverse.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/goya-999-295x300.jpg\" alt=\"Francisco Goya, Le P\u00e9lerinage de san Isidro (d\u00e9tail), 1823\" width=\"295\" height=\"300\" srcset=\"http:\/\/www.parolesdetraverse.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/goya-999-295x300.jpg 295w, http:\/\/www.parolesdetraverse.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/goya-999.jpg 1000w\" sizes=\"auto, (max-width: 295px) 100vw, 295px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-63\" class=\"wp-caption-text\">Francisco Goya, Le P\u00e9lerinage de san Isidro (d\u00e9tail), 1823<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">M\u00eame remarque concernant l\u2019\u00e9change entre Einstein et Freud publi\u00e9 dans \u00ab\u00a0<em>Pourquoi la guerre ?<\/em>.\u00a0\u00bb (1933), le texte d\u00e9dicac\u00e9 \u00e0 Mussolini (p.527 sq.) Il est inexact de dire que Freud y fait figure de belliciste. C\u2019est toujours la m\u00eame erreur: reconna\u00eetre, comme le fait Freud, la permanence de la guerre dans l\u2019histoire est-ce donc \u00eatre belliciste ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>24. Science <em>vs<\/em> fable<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Onfray, quoi qu\u2019il ne le dise pas, ne peut se contenter d\u2019une psychobiographie de Freud, il lui faut ajouter une attaque \u00e9pist\u00e9mologique, car toute th\u00e9orie a sa validit\u00e9 ind\u00e9pendamment de ses ant\u00e9c\u00e9dents: elle est surd\u00e9termin\u00e9e. Ainsi la th\u00e9orie de la gravitation a une validit\u00e9 universelle bien qu\u2019elle soit publi\u00e9e en 1684, en Angleterre, par un d\u00e9nomm\u00e9 Newton.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Selon Onfray, la psychanalyse n\u2019est pas une science, comme le proclame Freud, mais une cr\u00e9ation existentielle (p.50), la philosophie de Freud (p.98; cf. I,5), une psychologie litt\u00e9raire autobiographique (p.104), un roman, une fable, un mythe. Toute la psychanalyse (ses concepts, ses analystes, ses v\u00e9cus de patients) constitue l\u2019expression d\u2019une religion qui se ram\u00e8ne, par l\u2019entonnoir du propos d\u2019Onfray \u00e0 la mythologie de la petite n\u00e9vrose personnelle de son fondateur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour atteindre son but, Onfray convoque le mod\u00e8le des sciences \u00ab\u00a0dures\u00a0\u00bb (physique, chimie, biologie). Il \u00e9carte d\u2019un revers de main (p.93) les \u00ab\u00a0sciences humaines\u00a0\u00bb dont la m\u00e9thodologie et l\u2019objet sont, par principe, diff\u00e9rents. Les sciences dures traitent d\u2019un objet mat\u00e9riel, inscrit dans un protocole exp\u00e9rimental, en vue d\u2019\u00e9tablir des corr\u00e9lations inscrites dans des lois pr\u00e9dictives; les sciences humaines traitent d\u2019un sujet, le sujet humain parlant, par un processus d\u2019interpr\u00e9tation de ses repr\u00e9sentations et de ses comportements. Ce qui est alors vis\u00e9, c\u2019est la compr\u00e9hension du sens des actions humaines: la psychanalyse est de ce c\u00f4t\u00e9.*<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>25. Dogmatisme<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sur la base de sa g\u00e9n\u00e9alogie du freudisme, Onfray dresse un tableau effrayant du dogmatisme, de l\u2019esprit de secte, de la \u00ab\u00a0soumission\u00a0\u00bb des disciples qui se prosternent devant leur \u00ab\u00a0demi-dieu\u00a0\u00bb, des disciples atteints de \u00ab\u00a0psittacisme\u00a0\u00bb et parlant une langue faite d'\u00a0\u00bbincantations\u00a0\u00bb magiques (pp.140, 376, 471): voil\u00e0 \u00e0 quoi Onfray ram\u00e8ne le monde multiple, divis\u00e9 et innovant des h\u00e9ritiers de Freud, si talentueux soient-ils.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il d\u00e9nonce l\u2019aspect \u00ab\u00a0totalisant\u00a0\u00bb de la psychanalyse qui consiste \u00e0 vouloir tout expliquer dans tous les domaines de la culture et du comportement humain par l\u2019application d\u2019une grille d\u2019interpr\u00e9tation \u00ab\u00a0pansexuelle\u00a0\u00bb (p89-90).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De plus, Freud a construit un \u00ab\u00a0appareil de domination id\u00e9ologique\u00a0\u00bb et institu\u00e9 un \u00ab\u00a0tribunal r\u00e9volutionnaire\u00a0\u00bb qui disqualifie ses adversaires. (IV,6, p.456-458 et la Concl.) Dans la m\u00eame page o\u00f9 il insiste sur la juivet\u00e9 de Freud, Onfray d\u00e9crit \u00ab\u00a0son plan de guerre pour conqu\u00e9rir le monde\u00a0\u00bb (IV, 5 p.452). Il r\u00e9p\u00e8te plus loin que le freudisme \u00ab\u00a0revendique ouvertement la domination universelle \u2013 et s\u2019en donne les moyens\u00a0\u00bb par\u2026un comit\u00e9 secret (p.556 sq.) Ce discours d\u2019Onfray laisse, une fois de plus, un malaise.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Certes, la psychanalyse est parfois tomb\u00e9e dans les d\u00e9fauts que formule Onfray. Toute th\u00e9orie est menac\u00e9e par la tentation totalisante, toute communaut\u00e9 d\u2019hommes de science repose sur le jugement des pairs et comporte ses sectarismes. Le texte d\u2019Onfray lui-m\u00eame tombe dans le penchant \u00ab\u00a0totalitaire\u00a0\u00bb qu\u2019il d\u00e9nonce: il pr\u00e9tend ramener toute la psychanalyse \u00e0 une formule unique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>26. Doutes<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Onfray r\u00e9p\u00e8te \u00e0 de nombreuses reprises (III,3, etc.) que Freud est p\u00e9remptoire, dogmatique et qu\u2019il ne reconna\u00eet pas ses erreurs, mais il dit aussi qu\u2019il h\u00e9site, reconna\u00eet ses insuffisances et ses erreurs ! Ce qui est exact, c\u2019est que dans tous les textes majeurs de Freud on trouve l\u2019aveu d\u2019insuffisances th\u00e9rapeutiques, l\u2019affirmation d\u2019un inach\u00e8vement de la th\u00e9orie, des hypoth\u00e8ses \u00e9mises avec r\u00e9serve, des propositions \u00e0 soumettre au d\u00e9bat, l\u2019examen d\u2019objections, l\u2019attente de prolongements par des successeurs<em>.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Onfray dresse la liste des contradictions du freudisme, dans un joyeux m\u00e9li-m\u00e9lo a-chronologique (III,3 p.297-300). C\u2019est comme si on voulait d\u00e9noncer Onfray en faisant le relev\u00e9 de ses palinodies, \u00e0 commencer par: il a ador\u00e9 Freud et maintenant il le d\u00e9molit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En r\u00e9alit\u00e9, l\u2019oeuvre de Freud manifeste simplement un travail normal de recherche, lequel ne suit jamais une ligne droite (qui supposerait le probl\u00e8me r\u00e9solu d\u2019avance). Ainsi en est-il quand Freud remanie sa th\u00e9orie en passant de la 1\u00e8re topique (inconscient, pr\u00e9conscient, conscient) \u00e0 la 2\u00e8me (\u00e7a, moi, surmoi) ou en modifiant son syst\u00e8me des pulsions. Le ressort de ces enrichissements, c\u2019est une dialectique de la conceptualisation et de la clinique, le va-et-vient entre th\u00e9orie et \u00e9coute de la parole des patients.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>27. Psychique et somatique<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans les m\u00eames pages Onfray nous dit que Freud nie le corps en faisant du \u00ab\u00a0tout psychique\u00a0\u00bb et qu\u2019il affirme la base corporelle du psychisme, d\u00e9clarant par exemple qu\u2019on remplacera peut-\u00eatre un jour la m\u00e9thode psychologique par des substances chimiques (III,5 et p.575-576): la contradiction n\u2019est pas dans Freud, elle est dans Onfray.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En effet, Freud revient souvent sur cette id\u00e9e: la psychanalyse est un \u00ab <em>\u00e9difice artificiel d\u2019hypoth\u00e8ses<\/em> \u00bb qui \u00ab <em>devront un jour \u00eatre plac\u00e9es sur la base de supports organiques<\/em> \u00bb (<em>Pour introduire au narcissisme<\/em>, 1914) Cette formule qui, n\u2019est pas la marque de l\u2019\u00e9chec, mais seulement la reconnaissance du caract\u00e8re provisoire de la recherche, renvoie au d\u00e9bat toujours ouvert de l\u2019articulation du psychique et du physique.<\/p>\n<div id=\"attachment_62\" style=\"width: 263px\" class=\"wp-caption alignright\"><a href=\"http:\/\/www.parolesdetraverse.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/gala-muse-passion-dali-500.jpeg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-62\" class=\"size-medium wp-image-62\" src=\"http:\/\/www.parolesdetraverse.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/gala-muse-passion-dali-500-253x300.jpeg\" alt=\"Gala peinte par Dali\" width=\"253\" height=\"300\" srcset=\"http:\/\/www.parolesdetraverse.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/gala-muse-passion-dali-500-253x300.jpeg 253w, http:\/\/www.parolesdetraverse.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/gala-muse-passion-dali-500.jpeg 551w\" sizes=\"auto, (max-width: 253px) 100vw, 253px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-62\" class=\"wp-caption-text\">Gala peinte par Dali<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">La psychanalyse contemporaine n\u2019a pas pris cette direction, elle a mis en avant, avec Lacan, la valeur du Symbolique dans son rapport \u00e0 l\u2019Imaginaire et au R\u00e9el. L\u2019inconscient n\u2019est pas une r\u00e9gion du cortex ou une cachette dans le psychisme mais une cause obscure qui se joue entre pulsion et langage, entre un Moi qui a l\u2019illusion de sa ma\u00eetrise et la v\u00e9rit\u00e9 d\u2019un Sujet. Entre l\u2019objectivation des neurosciences et la subjectivation de l\u2019analyse, la faille est apparemment totale.\u00a0 Cependant, Freud n\u2019a pas tort: il faudra bien, un jour, ouvrir un dialogue entre psychanalyse et neurosciences.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>28. Inconscient<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019inconscient de Freud est un \u00ab\u00a0performatif\u00a0\u00bb dit Onfray, un adjectif dont il raffole (p.314, etc.) et qu\u2019il utilise dans son acception \u00ab\u00a0molle\u00a0\u00bb: Freud dit, r\u00e9p\u00e8te et ainsi fait \u00eatre ce qu\u2019il nomme. R\u00e9sumons l\u2019id\u00e9e d\u2019Onfray (III,4): l\u2019inconscient est par d\u00e9finition ind\u00e9finissable car faire venir l\u2019inconscient au conscient, c\u2019est le perdre comme inconscient. A l\u2019inconscient ne peut s\u2019appliquer la m\u00e9thode exp\u00e9rimentale, il ne peut se voir, ce qui le met hors jeu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais la r\u00e9alit\u00e9 d\u2019un inconscient fait aujourd\u2019hui consensus (la conscience se d\u00e9coupe sur fond d\u2019un inconscient; les processus neuronaux sont inconscients), ce qui est contest\u00e9 c\u2019est seulement l\u2019inconscient freudien. Un inconscient qui, du statut de nom d\u2019un <em>topos,<\/em> est ramen\u00e9 progressivement par Freud \u00e0 son utilisation premi\u00e8re d\u2019adjectif. Or, Onfray se contente de boutades \u00e0 l\u2019adresse de l\u2019inconscient freudien.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Freud a parl\u00e9 des trois blessures narcissiques de l\u2019homme, apport\u00e9es par Copernic, par Darwin, puis par lui-m\u00eame, comme d\u00e9couvreur de l\u2019inconscient. Onfray d\u00e9nonce l\u2019outrecuidance du ma\u00eetre de la psychanalyse qui se compare aux grands hommes de science que sont Copernic et Darwin (II,8, p200, etc.). Mais, si l\u2019on y regarde de pr\u00e8s, Copernic et Darwin ne sont que des pr\u00e9curseurs de science: Copernic n\u2019est pas Kepler et Darwin n\u2019est pas la <em>th\u00e9orie synth\u00e9tique de l\u2019\u00e9volution<\/em>. Onfray ne ma\u00eetrise pas l\u2019histoire des sciences.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il fait souvent appel au bon sens, \u00e0 l\u2019\u00e9vidence et \u00e0 l\u2019indignation spontan\u00e9e, contre les \u00e9lucubrations de Freud sur cette force magique que serait l\u2019inconscient. Il inclut, \u00e0 tort et \u00e0 travers, de nombreux [sic] et m\u00eame [sic!] (p.460) dans ses citations de Freud, aspirant \u00e0 notre complicit\u00e9. Or la science ne se construit pas seulement contre le mythe (p.200) mais aussi CONTRE le sens commun. Le sens commun rejette Copernic (l\u2019h\u00e9liocentrisme est contraire \u00e0 notre perception), il rejette Darwin (l\u2019homme \u00ab\u00a0descend du singe\u00a0\u00bb : qui peut croire cette fable ?), il rejette Freud (et son d\u00e9sir inconscient). Le \u00ab\u00a0bon sens\u00a0\u00bb n\u2019est pas un argument quand il s\u2019agit de science.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>29. R\u00e9el, imaginaire, symbolique<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quand Onfray reproche \u00e0 Freud d\u2019investir dans l\u2019imaginaire et le symbolique en lieu et place du r\u00e9el, tandis que l\u2019homme de science fait l\u2019inverse (IV,2 p.372-373), il est dans une totale confusion pour trois raisons: parce que le symbolique et l\u2019imaginaire ont une r\u00e9alit\u00e9 (mentale); parce que faire l\u2019\u00e9tude de l\u2019imaginaire n\u2019est pas faire une \u00e9tude imaginaire; parce que la science passe par un moment d\u2019imaginaire (d\u2019inventivit\u00e9) et se meut dans le milieu du symbolique (\u00ab\u00a0la science est une langue bien faite\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour Onfray, n\u2019existe que ce que l\u2019on voit au terme d\u2019un travail de recherche. Or, m\u00eame dans les sciences exactes, prises pour mod\u00e8le, on ne <em>voit<\/em> rien. Les corpuscules ou les ondes \u00e9lectromagn\u00e9tiques sont invisibles: on les suppose par leurs effets, rep\u00e9r\u00e9s \u00e0 travers un appareillage math\u00e9matique et technique. La mati\u00e8re est une donn\u00e9e des sens dit Onfray. Mais pour le physicien moderne c\u2019est un syst\u00e8me d\u2019\u00e9quations math\u00e9matiques, c\u2019est-\u00e0-dire un langage symbolique ind\u00e9chiffrable pour le sens commun. Onfray hallucine un acc\u00e8s direct au r\u00e9el, qui serait donn\u00e9 quelque part dans sa puret\u00e9, un r\u00e9el \u00ab\u00a0tangible\u00a0\u00bb dit-il; or l\u2019acc\u00e8s au r\u00e9el est voil\u00e9, les faits ne sont pas \u00ab\u00a0donn\u00e9s\u00a0\u00bb mais \u00ab\u00a0faits\u00a0\u00bb, m\u00e2tin\u00e9s d\u2019\u00e9l\u00e9ments symboliques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il faut comprendre l\u2019articulation des deux sens du terme \u00ab\u00a0symbolique\u00a0\u00bb: le sens<\/p>\n<div id=\"attachment_67\" style=\"width: 243px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"http:\/\/www.parolesdetraverse.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/magritte-la-reprod-1000.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-67\" class=\"size-medium wp-image-67\" src=\"http:\/\/www.parolesdetraverse.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/magritte-la-reprod-1000-233x300.jpg\" alt=\"Ren\u00e9 Magritte, La reproduction interdite, 1937\" width=\"233\" height=\"300\" srcset=\"http:\/\/www.parolesdetraverse.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/magritte-la-reprod-1000-233x300.jpg 233w, http:\/\/www.parolesdetraverse.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/magritte-la-reprod-1000-798x1024.jpg 798w, http:\/\/www.parolesdetraverse.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/magritte-la-reprod-1000.jpg 1000w\" sizes=\"auto, (max-width: 233px) 100vw, 233px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-67\" class=\"wp-caption-text\">Ren\u00e9 Magritte, La reproduction interdite, 1937<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">englobant (symbolique = ordre de la langue, qu\u2019elle soit parl\u00e9e, math\u00e9matique, etc.), le sens inclus (symbolique = m\u00e9taphorique, figur\u00e9), deux sens qui sont en interrelation (tout langage a une dimension figur\u00e9e). Onfray utilise \u00ab\u00a0symbolique\u00a0\u00bb dans son sens r\u00e9duit: Freud n\u2019userait que de m\u00e9taphores. Or, une telle pens\u00e9e n\u2019ob\u00e9it qu\u2019\u00e0 \u00ab\u00a0un ordre d\u00e9raisonnable\u2026 illogique\u00a0\u00bb dit Onfray (p386) qui ne rel\u00e8ve pas son propre oxymore: <em>l\u2019ordre<\/em> d\u00e9raisonnable rel\u00e8ve seulement d\u2019une autre raison.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>30. Mythe scientifique et roman historique<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Onfray examine les textes sp\u00e9culatifs de Freud: <em>Totem et tabou<\/em>, <em>L\u2019Homme Mo\u00efse et le monoth\u00e9isme<\/em> (II,8-9), sp\u00e9culations tr\u00e8s dat\u00e9es, aussi dat\u00e9es que le sont l\u2019ethnologie et l\u2019histoire de l\u2019\u00e9poque. M\u00eame chez les psychanalystes, ce sont les deux textes les plus critiqu\u00e9s de Freud.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Totem et tabou<\/em> est appuy\u00e9 sur des mat\u00e9riaux ethnographiques emprunt\u00e9s \u00e0 Darwin (l\u2019hypoth\u00e8se de la \u00ab\u00a0horde primitive\u00a0\u00bb), \u00e0 Frazer, et \u00e0 d\u2019autres ethnologues; il s\u2019agit d\u2019un \u00ab\u00a0<em>mythe scientifique<\/em>\u00a0\u00bb selon l\u2019expression de Freud, qui \u00e9met lui-m\u00eame de s\u00e9rieuses r\u00e9serves \u00e0 l\u2019\u00e9gard de ses propres sp\u00e9culations. <em>L\u2019Homme Mo\u00efse et le monoth\u00e9isme<\/em> est une remont\u00e9e aux sources du juda\u00efsme o\u00f9 Freud reprend des hypoth\u00e8ses emprunt\u00e9es \u00e0 des sp\u00e9cialistes de l\u2019antiquit\u00e9 dans une construction originale qui, nous dit-il lui-m\u00eame, est un \u00ab\u00a0<em>roman historique<\/em>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Onfray se moque de ces deux oxymores: <em>mythe scientifique<\/em> et <em>roman historique<\/em>. Il a une vision basique de la m\u00e9thode scientifique (pp.200, 313-314) qui confine au r\u00e9alisme na\u00eff. Il en est rest\u00e9 au sch\u00e9ma de la m\u00e9thode exp\u00e9rimentale d\u00e9crit par Claude Bernard en 1865 (observation, hypoth\u00e8se, v\u00e9rification) et appara\u00eet totalement ignorant des d\u00e9bats \u00e9pist\u00e9mologiques qui ont lieu depuis un si\u00e8cle, par exemple autour du couple r\u00e9alisme\/constructivisme. M\u00eame l\u2019oxymore \u00ab\u00a0mythe scientifique\u00a0\u00bb a du sens dans les sciences exactes (l\u2019 \u00ab\u00a0exp\u00e9rience de pens\u00e9e\u00a0\u00bb de Galil\u00e9e; le chat \u00ab\u00a0mort-vivant\u00a0\u00bb de la th\u00e9orie quantique; les sp\u00e9culations sur des univers parall\u00e8les, etc.), quant \u00e0 la formule \u00ab\u00a0roman historique\u00a0\u00bb, elle est recevable.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>31. Anti-psychanalyse<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Onfray, homme de gauche \u2013 tel il se dit -, revendique son \u00ab\u00a0accord\u00a0\u00bb avec les ouvrages d\u2019auteurs situ\u00e9s \u00e0 droite (p.593: \u00ab\u00a0avoir raison avec la droite ou se tromper avec la gauche\u00a0\u00bb) \u2013 voire \u00e0 l\u2019extr\u00eame-droite \u2013 ce qui ne constitue pas en soi un argument pour ou contre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Or, ces ouvrages ont paru avant le texte d\u2019Onfray et il semble bien que ce dernier y puise \u00e0 pleines mains et n\u2019apporte rien de vraiment neuf, sauf peut-\u00eatre l\u2019utilisation de la vulgate nietzsch\u00e9enne (qu\u2019affectionne d\u2019ailleurs aussi l\u2019extr\u00eame-droite).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En effet, la vieille th\u00e8se selon laquelle la psychanalyse est une supercherie fabriqu\u00e9e par un pervers est r\u00e9activ\u00e9e dans les ann\u00e9es 1970, aux Etats-Unis. A cette date rena\u00eet un mouvement anti-psychanalytique qui fabrique la th\u00e8se de l\u2019adult\u00e8re de Freud comme une r\u00e9futation de Freud. Les ann\u00e9es 1970 sont l\u2019\u00e9poque du grand tournant conservateur et n\u00e9o-lib\u00e9ral aux Etats-Unis qui s\u2019articule \u00e0 l\u2019id\u00e9ologie puritaine des courants \u00e9vang\u00e9liques. C\u2019est cette th\u00e8se, avec son lot d\u2019insinuations, de contre-sens th\u00e9oriques et de th\u00e9orie complotiste, qui est reprise par Onfray.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>32. Comportementalisme<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Contre Freud, Onfray voudrait effacer le plan du psychique au profit d\u2019une science unique qui serait la biologie. Il fait du psychique un \u00e9piph\u00e9nom\u00e8ne, l\u2019\u00e9cume du syst\u00e8me nerveux. Il nie l\u2019inconscient psychique mais sugg\u00e8re un inconscient totalitaire de la biologie du cerveau. L\u2019autonomie de la pens\u00e9e et du langage est abolie: c\u2019est un int\u00e9grisme mat\u00e9rialiste r\u00e9ducteur qui ram\u00e8ne toute pens\u00e9e \u00e0 une non-pens\u00e9e (III,5). Il sugg\u00e8re un monde transparent et glac\u00e9 o\u00f9 le d\u00e9sir est absent (ou alors soit norm\u00e9, soit pathologique) et la pens\u00e9e (y compris par cons\u00e9quent la sienne propre) illusoire.<\/p>\n<div id=\"attachment_66\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption alignright\"><a href=\"http:\/\/www.parolesdetraverse.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/Machines-copier.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-66\" class=\"size-medium wp-image-66\" src=\"http:\/\/www.parolesdetraverse.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/Machines-copier-300x222.jpg\" alt=\"Charlie Chaplin, Les temps modernes, 1936\" width=\"300\" height=\"222\" srcset=\"http:\/\/www.parolesdetraverse.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/Machines-copier-300x222.jpg 300w, http:\/\/www.parolesdetraverse.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/Machines-copier-405x300.jpg 405w, http:\/\/www.parolesdetraverse.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/Machines-copier.jpg 493w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-66\" class=\"wp-caption-text\">Charlie Chaplin, Les temps modernes, 1936<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le freudisme est mortel, peut-\u00eatre. Il a irrigu\u00e9 notre culture et notre mode de pens\u00e9e (Onfray lui-m\u00eame est pris dedans) depuis un si\u00e8cle et nombre de ses id\u00e9es ont \u00e9t\u00e9 int\u00e9gr\u00e9es par la psychologie, mais il est s\u00e9rieusement contest\u00e9 au profit d\u2019un autre paradigme, celui des m\u00e9thodes comportementalistes. Bien qu\u2019Onfray n\u2019en parle pas dans <em>Le Cr\u00e9puscule<\/em>, il est vraisemblable qu\u2019il a un jugement favorable sur ces m\u00e9thodes, en tant qu\u2019alternative \u00e0 la psychanalyse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le comportementalisme (ou behaviorisme) dont l\u2019exp\u00e9rience fondatrice est celle du chien de Pavlov, fait l\u2019\u00e9conomie de la conscience (et de l\u2019inconscient) pour se fixer sur le comportement observable des individus. Le comportementalisme (qui fait l\u2019impasse sur les \u00e9tats mentaux) enrichi par le cognitivisme (qui s\u2019int\u00e9resse aux \u00e9tats mentaux) a donn\u00e9 naissance aux psychoth\u00e9rapies cognitivo-comportementales (TCC) \u00e0 partir des ann\u00e9es 1950, aux Etats-Unis. Ces TCC ont de r\u00e9els succ\u00e8s th\u00e9rapeutiques pour un certain nombre de troubles : les d\u00e9pressions, les troubles phobiques, les troubles obsessionnels compulsifs, et dans le traitement de l\u2019autisme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais \u00e0 quel prix ? Ces psychoth\u00e9rapies, \u00e0 la diff\u00e9rence de la psychanalyse, ob\u00e9issent \u00e0 des protocoles standards et non \u00e0 une d\u00e9marche individuelle; elles traitent le sympt\u00f4me, pas le sens du sympt\u00f4me; elles s\u2019apparentent \u00e0 un dressage adaptatif, plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 la mise en jeu de la personnalit\u00e9 enti\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour Onfray, la psychanalyse est en phase avec l\u2019individualisme contemporain. Dans l\u2019apr\u00e8s-mai 68, dit-il, elle \u00ab\u00a0accompagne\u00a0\u00bb le triomphe du lib\u00e9ralisme et de l\u2019individualisme avec son repli sur soi (p.567-568) \u2013 Notons quand m\u00eame qu\u2019\u00e0 cette date, Freud est mort depuis longtemps!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je n\u2019en crois rien. A mon sens, c\u2019est le comportementalisme qui est en phase avec le n\u00e9o-lib\u00e9ralisme \u2013 et avec les multinationales du m\u00e9dicament -, il a une vis\u00e9e adaptative au syst\u00e8me, tandis que l\u2019analyse, au contraire, d\u00e9bloque une \u00e9thique du d\u00e9sir et favorise l\u2019\u00e9coute de l\u2019autre. Au nom d\u2019une pseudo efficience, les th\u00e9ories comportementales justifient le fichage pr\u00e9coce des populations pr\u00e9tendues \u00ab\u00a0\u00e0 risques\u00a0\u00bb, \u00e0 l\u2019extr\u00eame oppos\u00e9 des principes \u00e9thiques de la psychanalyse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>CONCLUSION<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>La m\u00e9thode Onfray<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cet ouvrage, apparemment fortement document\u00e9, est en r\u00e9alit\u00e9 b\u00e2cl\u00e9. Il est l\u00e9gitime de passer l\u2019oeuvre de Freud au crible de la critique. Mais il n\u2019y a pas dans <em>Le Cr\u00e9puscule<\/em> de travail critique au sens noble du terme. C\u2019est un essai pol\u00e9mique, un pamphlet teigneux appuy\u00e9 sur des erreurs et des incoh\u00e9rences dont la liste expos\u00e9e ici n\u2019est pas limitative. Philosophe Onfray ? Il usurpe ici ce titre. Il appara\u00eet comme un amateur infantilisant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sa seule arme, c\u2019est une rh\u00e9torique\u00a0 appuy\u00e9e sur le go\u00fbt de la formule assassine. Il finit par s\u2019enfermer lui-m\u00eame dans cette immense machinerie qu\u2019il b\u00e2tit contre la psychanalyse. Tout cet effort de lecture et d\u2019\u00e9criture, avec autant de d\u00e9sinvolture et de violence, pour si peu de force conclusive effective, c\u2019est d\u00e9solant. C\u2019est donc cela qu\u2019enseigne Onfray dans son \u00ab\u00a0Universit\u00e9 populaire\u00a0\u00bb \u2013 <em>populaire<\/em> ou <em>populiste<\/em> ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>La pr\u00e9tention \u00e9pist\u00e9mologique<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sur le terrain \u00e9pist\u00e9mologique, Onfray manifeste une grande pauvret\u00e9 de moyens. Jamais il n\u2019examine s\u00e9rieusement la richesse des concepts et de l\u2019argumentation de Freud. Il ne s\u2019int\u00e9resse pas vraiment \u00e0 la th\u00e9orie: son objet, c\u2019est le personnage Freud. Il trace compulsivement un tableau n\u00e9gatif de la psychanalyse de la premi\u00e8re \u00e0 la derni\u00e8re ligne. Cette syst\u00e9maticit\u00e9 est finalement assez d\u00e9lirante et par moments inf\u00e2me.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Par contraste, j\u2019adopterais la d\u00e9finition canonique de Freud (cit\u00e9e p.452-453) en \u00e9cartant le vocable de science (suivant en cela le <em>Vocabulaire de Laplanche et Pontalis<\/em>): la psychanalyse est \u00e0 la fois un proc\u00e9d\u00e9 d\u2019investigation de l\u2019inconscient, une m\u00e9thode de traitement psychoth\u00e9rapique et un ensemble de th\u00e9ories psychologiques. C\u2019est sans doute un \u00ab\u00a0art de l\u2019interpr\u00e9tation\u00a0\u00bb (p.397), mais tout comme la clinique est un art plut\u00f4t qu\u2019une science.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>L\u2019argument ad hominem<\/strong><\/p>\n<div id=\"attachment_54\" style=\"width: 221px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"http:\/\/www.parolesdetraverse.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/260px-Sigmund_Freud_LIFE.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-54\" class=\"size-medium wp-image-54\" src=\"http:\/\/www.parolesdetraverse.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/260px-Sigmund_Freud_LIFE-211x300.jpg\" alt=\"Sigmund Freud (1856-1939)\" width=\"211\" height=\"300\" srcset=\"http:\/\/www.parolesdetraverse.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/260px-Sigmund_Freud_LIFE-211x300.jpg 211w, http:\/\/www.parolesdetraverse.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/260px-Sigmund_Freud_LIFE.jpg 260w\" sizes=\"auto, (max-width: 211px) 100vw, 211px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-54\" class=\"wp-caption-text\">Sigmund Freud (1856-1939)<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Que dire enfin du Freud basching d\u2019Onfray ? Onfray proc\u00e8de par inversion mim\u00e9tique de l\u2019idol\u00e2trie dont Freud a \u00e9t\u00e9, soi-disant, l\u2019objet : il produit une hagiographie renvers\u00e9e. Entra\u00een\u00e9 par son propre discours, incapable d\u2019auto-contr\u00f4le, il pousse ses th\u00e8ses jusqu\u2019\u00e0 l\u2019absurde. Finalement son texte nous apprend plus sur Onfray lui-m\u00eame que sur Freud. <em>C\u2019est celui qui le dit qui y est<\/em> : je n\u2019ai pas attendu Roudinesco (cf.p586) pour le penser.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je me retiendrai de faire de la psychanalyse sauvage. J\u2019identifie juste un ego d\u00e9mesur\u00e9 qui se compla\u00eet \u00e0 chasser de leur pi\u00e9destal des \u00ab\u00a0grands penseurs\u00a0\u00bb (ici Freud). David terrassant Goliath. C\u2019est ce qui explique son succ\u00e8s: participer au renversement d\u2019une idole, cela a toujours quelque chose de jouissif pour tout un chacun.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Lui qui se proclame anti-syst\u00e8me et se pr\u00e9sente parfois comme une victime, est au demeurant parfaitement dig\u00e9r\u00e9 par le syst\u00e8me. Il occupe une place toute pr\u00eate dans le champ m\u00e9diatique: \u00eatre le provocateur. Encore faut-il avoir les moyens th\u00e9oriques de ses ambitions. Or le r\u00e9sultat est ici mis\u00e9rable. Par contre, le coup \u00e9ditorial est r\u00e9ussi et n\u2019est certes pas une oeuvre d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J\u2019avais d\u00e9j\u00e0 trouv\u00e9 ces d\u00e9fauts dans d\u2019autres \u00e9crits de Michel Onfray et aper\u00e7u le m\u00eame projet de d\u00e9boulonnage appliqu\u00e9 \u00e0 d\u2019autres, mais jamais avec la hargne qu\u2019il manifeste ici.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quoi qu\u2019il en soit, cela n\u2019exon\u00e8re pas de lire son texte avec attention: c\u2019est ce qui a \u00e9t\u00e9 fait. Pour conclure non sans raison que l\u2019affabulation change de camp.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>ANNEXES<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>11. Magie<\/strong><br \/>\nAutre exemple de m\u00e9compr\u00e9hension \u00e0 propos du texte de Freud <em>La N\u00e9gation (<\/em>1925). La <em>d\u00e9n\u00e9gation<\/em> y est d\u00e9finie comme le refus d\u2019une v\u00e9rit\u00e9 de l\u2019inconscient par le patient, le \u00ab\u00a0non ce ne peut-\u00eatre cela\u00a0\u00bb \u00e0 propos d\u2019une interpr\u00e9tation d\u2019un r\u00eave, qui vaut pour un \u00ab\u00a0oui c\u2019est bien cela\u00a0\u00bb: un \u00ab\u00a0compromis\u00a0\u00bb qui met \u00e0 jour le vrai dans le m\u00eame geste o\u00f9 on l\u2019\u00e9nonce comme faux. Onfray affirme qu\u2019avec le concept de d\u00e9n\u00e9gation, le psychanalyste aura toujours raison: si le patient dit oui, c\u2019est bon; s\u2019il dit non, c\u2019est qu\u2019il y a refoulement (p.381). Rappelons la s\u00e9quence: Freud demande quelle est telle personne dans le r\u00eave; le patient r\u00e9pond: \u00ab\u00a0ma m\u00e8re, ce n\u2019est pas elle\u00a0\u00bb; Freud conclut: \u00ab\u00a0donc c\u2019est sa m\u00e8re.\u00a0\u00bb En tout \u00e9tat de cause, c\u2019est au patient \u00e0 trouver l\u2019interpr\u00e9tation finale: l\u2019interpr\u00e9tation forc\u00e9e \u00e9chouera. Onfray oublie les affects du patient, des affects qui ne trompent pas sur la v\u00e9rit\u00e9 d\u2019une interpr\u00e9tation, entre le non qui est un non et le non qui se r\u00e9v\u00e8le \u00eatre un oui.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><strong>15. Intimit\u00e9<br \/>\n<\/strong><\/strong>On peut consulter la r\u00e9ponse d\u2019Elisabeth Roudinesco aux assertions d\u2019Onfray dans\u00a0<a title=\"la rumeur Minna Bernays\" href=\"https:\/\/www.academia.edu\/230852\/Freud_aujourdhui_et_lhistoire_inedite_de_la_rumeur_Minna_Bernays\">la rumeur Minna Bernays<\/a> et dans <a title=\"Roudinesco d\u00e9boulonne Onfray\" href=\"http:\/\/bibliobs.nouvelobs.com\/essais\/20100416.BIB5236\/roudinesco-deboulonne-onfray.html\">Roudinesco d\u00e9boulonne Onfray<\/a>. Ce dernier texte d\u00e9veloppe une critique d\u2019ensemble du <em>Cr\u00e9puscule<\/em>. Roudinesco y est inexacte sur un point: Onfray n\u2019indique pas de date pour l\u2019hypoth\u00e9tique avortement de Minna.<strong><strong><br \/>\n<\/strong><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>16. Echecs<\/strong><\/p>\n<div id=\"attachment_55\" style=\"width: 307px\" class=\"wp-caption alignright\"><a href=\"http:\/\/www.parolesdetraverse.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/balmer-1000.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-55\" class=\"size-medium wp-image-55\" src=\"http:\/\/www.parolesdetraverse.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/balmer-1000-297x300.jpg\" alt=\"Hans Bellmer, La poup\u00e9e,1932-1945\" width=\"297\" height=\"300\" srcset=\"http:\/\/www.parolesdetraverse.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/balmer-1000-297x300.jpg 297w, http:\/\/www.parolesdetraverse.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/balmer-1000.jpg 1000w\" sizes=\"auto, (max-width: 297px) 100vw, 297px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-55\" class=\"wp-caption-text\">Hans Bellmer, La poup\u00e9e,1932-1945<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Onfray recense trois d\u00e9c\u00e8s \u00ab\u00a0m\u00e9dicaux\u00a0\u00bb imputables \u00e0 Freud, lequel en d\u00e9nie la responsabilit\u00e9, n\u2019exprime aucun regret, est soucieux de sa seule respectabilit\u00e9 (III,5 p.335-338). La m\u00e9decine est une machine \u00e0 gu\u00e9rir \u2013 principalement \u2013 et \u00e0 tuer \u2013 accessoirement, remarque pr\u00e9alable qui n\u2019exon\u00e8re en rien Freud. Cependant, Onfray proc\u00e8de \u00e0 une justice exp\u00e9ditive. Une imputation de responsabilit\u00e9 m\u00e9dicale dans un d\u00e9c\u00e8s n\u2019est pas une accusation qu\u2019on peut lancer \u00e0 la l\u00e9g\u00e8re. Or, Onfray n\u2019a pas de dossier: il se contente d\u2019interpr\u00e9ter \u00e0 charge de br\u00e8ves indications de Freud lui-m\u00eame, ce soi-disant grand dissimulateur. Il se permet m\u00eame des diagnostics m\u00e9dicaux sauvages des patients de Freud (p.371)!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Premier cas<\/strong> (p.46; III,1, p.261-263), celui de Fleischl-Marxow.<br \/>\nEn 1884, 1885 et 1886, Freud publie trois textes consacr\u00e9s \u00e0 une substance qu\u2019il a test\u00e9e sur lui-m\u00eame: la coca\u00efne. Le produit est encore mal connu en Europe, n\u00e9anmoins Freud n\u2019est pas le premier \u00e0 envisager ses effets th\u00e9rapeutiques: il cite ses pr\u00e9curseurs.<br \/>\nSon ami Fleischl-Marxow \u00e9tait devenu morphinomane pour calmer la douleur cons\u00e9cutive \u00e0 une amputation. Freud lui prescrit la coca\u00efne pour le d\u00e9sintoxiquer de la morphine.<br \/>\nSelon Onfray, Freud rapporte \u00ab\u00a0une premi\u00e8re version des choses\u00a0\u00bb, en 1885. Onfray cite Freud: \u00ab\u00a0sans h\u00e9sitation, je conseillerai d\u2019administrer la coca\u00efne par injection\u00a0\u00bb (traduction l\u00e9g\u00e8rement diff\u00e9rente p.85 du recueil <em>Un peu de coca\u00efne pour me d\u00e9lier la langue<\/em>, \u00e9ditions Max Milo, 2005).<br \/>\nDans <em>L\u2019Interpr\u00e9tation des r\u00eaves<\/em>, publi\u00e9 en 1900, Freud expose, toujours selon Onfray, \u00ab\u00a0une deuxi\u00e8me version\u00a0\u00bb. Onfray cite Freud: \u00ab\u00a0qui parle\u00a0 de son \u00ab\u00a0malheureux ami <em>qui s\u2019\u00e9tait empoisonn\u00e9 \u00e0 la coca\u00efne<\/em> [italiques de Freud!]. Je lui avais conseill\u00e9 l\u2019utilisation par voie interne, oralement\u2026 mais il s\u2019\u00e9tait une fois administr\u00e9 des injections de coca\u00efne\u00a0\u00bb. \u00a0\u00bb (p.261). La traduction des OC p.151 est sensiblement diff\u00e9rente: \u00ab\u00a0<em>Je lui avais conseill\u00e9 ce rem\u00e8de seulement \u00e0 usage interne pendant son sevrage de la morphine, mais il se fit aussit\u00f4t des injections de coca\u00efne<\/em>\u00a0\u00bb et les italiques sont absentes.<br \/>\nOnfray enfonce le clou en ajoutant cette autre citation, tir\u00e9e du m\u00eame passage: \u00ab\u00a0je n\u2019avais jamais song\u00e9 qu\u2019on p\u00fbt prendre la drogue par injection.\u00a0\u00bb La traduction dans OC p153 est tout \u00e0 fait diff\u00e9rente: Freud \u00e9voque \u00ab\u00a0<em>l\u2019ami d\u00e9funt qui s\u2019est si vite r\u00e9solu aux injections de coca\u00efne. Les injections avec ce rem\u00e8de, comme je l\u2019ai d\u00e9j\u00e0 dit, n\u2019\u00e9taient nullement dans mes intentions<\/em>.\u00a0\u00bb<br \/>\nSurtout, Onfray fait l\u2019impasse sur le troisi\u00e8me texte de Freud consacr\u00e9 \u00e0 la coca\u00efne, en 1886. Il y est dit \u00e0 propos de l\u2019 \u00ab\u00a0injection sous-cutan\u00e9e\u00a0\u00bb \u00e0 forte dose par des morphinomanes: \u00ab\u00a0I<em>l s\u2019av\u00e9ra alors qu\u2019une telle utilisation de la coca\u00efne la rend beaucoup plus dangereuse pour la sant\u00e9 que la morphine<\/em>\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0<em>je consid\u00e8re comme opportun de renoncer si possible \u00e0 utiliser la coca\u00efne en injection sous-cutan\u00e9e.<\/em>..\u00a0\u00bb (pp.89 et 93 dans <em>Un peu de coca\u00efne pour me d\u00e9lier la langue<\/em>).<br \/>\nConcluons: 1) Fleischl-Marxow n\u2019est pas un n\u00e9ophyte, c\u2019est un neurophysiologiste de renom<br \/>\n2) la date de son sevrage par la coca\u00efne n\u2019est pas connue. Rien ne dit que dans le texte de 1885 Freud parle de son cas (la soit-disant \u00ab\u00a0premi\u00e8re version\u00a0\u00bb.)<br \/>\n3) D\u00e8s 1886, Freud d\u00e9conseille fortement l\u2019utilisation d\u2019injections. Il expose les risques d\u2019intoxication et discute les cas d\u2019accoutumance \u00e0 la coca\u00efne.<br \/>\n4) Fleischl-Marxow n\u2019est pas mort d\u2019un coup. Il d\u00e9c\u00e8de en 1891.<br \/>\nJ\u2019ai retrouv\u00e9 les citations originales de Freud, bien qu\u2019Onfray ne donne aucune r\u00e9f\u00e9rence pr\u00e9cise. Il semble bien ne pas avoir lu ces textes de Freud sur la coca\u00efne et se contenter de rapporter des citations de seconde main, des citations tronqu\u00e9es qui oublient opportun\u00e9ment le texte de 1886.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Deuxi\u00e8me cas<\/strong>, celui de Mathilde (p.334-336): le d\u00e9c\u00e8s est d\u00fb \u00e0 la prescription d\u2019un produit dont la toxicit\u00e9 \u00e9tait inconnue \u00e0 l\u2019\u00e9poque. Onfray parle du d\u00e9ni de Freud: pas du tout, c\u2019est Freud qui expose tr\u00e8s explicitement cette affaire. Elle lui est rappel\u00e9e par un des \u00e9l\u00e9ments de son r\u00eave dit de \u00ab\u00a0l\u2019injection \u00e0 Irma\u00a0\u00bb (OC IV, p.147).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Troisi\u00e8me cas<\/strong>, rapport\u00e9 par Freud (p.336-338), d\u2019une jeune fille qu\u2019il a soign\u00e9e pour hyst\u00e9rie dans un sanatorium. Elle est morte peu apr\u00e8s d\u2019un cancer \u00e0 l\u2019abdomen, non diagnostiqu\u00e9 par Freud. Or, vraisemblablement, si la jeune fille \u00e9tait hospitalis\u00e9e, des sp\u00e9cialistes avaient d\u00fb examiner son cas. Mais pour Onfray, c\u2019est forc\u00e9ment Freud, le coupable.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Quatri\u00e8me cas<\/strong>, ant\u00e9rieur \u00e0 1900, comme les trois autres. C\u2019est celui d\u2019Emma Eckstein (p.338-343), patiente de Freud. C\u2019est une histoire rocambolesque qui aurait pu tourner \u00e0 la catastrophe: une th\u00e9orie de Fliess sur le lien entre muqueuses nasales et sexualit\u00e9, \u00e0 laquelle Freud adh\u00e8re momentan\u00e9ment; une op\u00e9ration d\u2019Emma pratiqu\u00e9e par Fliess, qui tourne mal par suite d\u2019une erreur de manipulation. Pas tr\u00e8s brillant\u2026 n\u00e9anmoins Emma devient, par la suite, psychanalyste (voir <em>Dictionnaire<\/em> p.353).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les accusations s\u2019\u00e9croulent. Non lieu donc, pour tous ces cas.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>18. Fric<\/strong><br \/>\nA propos du tarif des s\u00e9ances, Onfray d\u00e9clare: \u00ab\u00a0j\u2019ai effectu\u00e9 moi-m\u00eame les recherches n\u00e9cessaires avec l\u2019aide d\u2019un ami comptable\u2026\u00a0\u00bb (p.406-407). Admettons le tarif de 25 $, qui est tir\u00e9 de Peter Gray, une source fiable. Mes recherches sur Internet me donnent 245 euros actuels (et non 415) pour 25 $ de 1925. On peut utiliser le site:\u00a0 <a href=\"http:\/\/www.dollartimes.com\/inflation\/inflation.php?amount=25&amp;year=1925\">Calculate the value of $25 in 1925.<\/a> avec un convertisseur de devises pour la transformation en euros. Mais la possibilit\u00e9 m\u00eame d\u2019op\u00e9rer un tel saut du dollar 1925 \u00e0 l\u2019euro 2014 est tr\u00e8s hasardeuse, voir:<a href=\"http:\/\/www.oedipe.org\/fr\/actualites\/onfray\/roudier\"> Les 450 euros de Freud<\/a>, et le r\u00e9sultat donn\u00e9 par Onfray est du coup tout \u00e0 fait incertain.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>22. D\u00e9mocratie vs fascisme. Mo\u00efse et le monoth\u00e9isme<\/strong><br \/>\nFreud \u00e9crit \u00e0 Arnold Zweig (le 30\/09\/1934) qu\u2019il a d\u00e9cid\u00e9 d\u2019entreprendre cette oeuvre \u00ab\u00a0<em>en face des nouvelles pers\u00e9cutions<\/em>\u00a0\u00bb des juifs, pour tenter de comprendre \u00ab\u00a0<em>pourquoi le juif s\u2019est attir\u00e9 cette haine \u00e9ternelle<\/em>\u00a0\u00bb et comment il se fait que ce peuple a r\u00e9ussi \u00e0 traverser toutes les pers\u00e9cutions et d\u00e9portations qu\u2019il a connues. Cette \u00ab\u00a0d\u00e9construction\u00a0\u00bb du juda\u00efsme est publi\u00e9e quelques mois avant sa mort (1939). C\u2019est en quelque sorte son testament, le bilan d\u2019un ath\u00e9e avec son juda\u00efsme.<\/p>\n<div id=\"attachment_64\" style=\"width: 246px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"http:\/\/www.parolesdetraverse.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/gravure-dore-bible-moise-descend-du-sinai.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-64\" class=\"size-medium wp-image-64\" src=\"http:\/\/www.parolesdetraverse.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/gravure-dore-bible-moise-descend-du-sinai-236x300.jpg\" alt=\"Gustave Dor\u00e9, Moise, gravure de la Bible\" width=\"236\" height=\"300\" srcset=\"http:\/\/www.parolesdetraverse.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/gravure-dore-bible-moise-descend-du-sinai-236x300.jpg 236w, http:\/\/www.parolesdetraverse.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/gravure-dore-bible-moise-descend-du-sinai.jpg 787w\" sizes=\"auto, (max-width: 236px) 100vw, 236px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-64\" class=\"wp-caption-text\">Gustave Dor\u00e9, Moise, gravure de la Bible<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Freud choisit de publier ce texte quand le nazisme a d\u00e9j\u00e0 enclench\u00e9 sa terreur contre les juifs \u2013 mais la solution finale n\u2019est pas encore programm\u00e9e et l\u2019Europe esp\u00e8re toujours la paix: Onfray tombe facilement dans l\u2019anachronisme. Cependant, il a raison de la dire, ce moment est d\u00e9routant (II,9 p.217 sq.). Freud affirme que Mo\u00efse est un \u00e9gyptien. Il a \u00e9t\u00e9 tu\u00e9 par les siens (c\u2019est une r\u00e9p\u00e9tition du meurtre \u00ab\u00a0universel\u00a0\u00bb du P\u00e8re originel de <em>Totem et tabou<\/em>). Ce meurtre est refoul\u00e9 mais le refoul\u00e9 s\u2019inscrit dans l\u2019h\u00e9r\u00e9dit\u00e9 (ce postulat phylog\u00e9n\u00e9tique, fr\u00e9quent chez Freud, est \u00e9minemment fantaisiste), et fait retour pour donner la religion juive comme religion de Mo\u00efse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour expliquer la haine des juifs, Freud semble flirter avec des arguments antis\u00e9mites ou anti-juda\u00efques: la conscience d\u2019une sup\u00e9riorit\u00e9 en tant que peuple \u00e9lu; la mise \u00e0 mort du Christ. Mais surtout il explique la haine des non juifs par l\u2019angoisse de castration li\u00e9e \u00e0 la coutume de la circoncision, signature de l\u2019\u00e9lection du peuple juif, et par la fonction de victime \u00e9missaire que joue ce peuple, une fois qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 dispers\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cependant rien dans ce texte ne donne vraiment des armes aux antis\u00e9mites: les juifs se reconnaissent comme peuple \u00e9lu ? C\u2019est bien connu et n\u2019est pas l\u2019exclusivit\u00e9 du juda\u00efsme. Le sentiment d\u2019assurance et de sup\u00e9riorit\u00e9 qui en d\u00e9coule? Quand il existe, c\u2019est un sentiment partag\u00e9 par d\u2019autres et c\u2019est ce qui a permis aux juifs dispers\u00e9 de r\u00e9sister \u00e0 travers l\u2019histoire. C\u2019est un peuple dont Mo\u00efse a voulu qu\u2019il se tienne \u00e0 l\u2019\u00e9cart ? Les pers\u00e9cutions l\u2019y ont ensuite contraint.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>24. Science <em>vs<\/em> fable.<\/strong><br \/>\nOnfray se gausse de Freud qui revendique de b\u00e2tir la psychanalyse sur des postulats (III,3), car si on postule, c\u2019est qu\u2019on n\u2019a rien prouv\u00e9, si on prouve, on n\u2019a pas besoin de postulat (p.297-301). Il n\u2019a rien compris au travail de la science moderne: les th\u00e9ories scientifiques sont des axiomatiques, elles reposent sur des principes qui en tant que tels ne peuvent \u00eatre prouv\u00e9s puisqu\u2019ils servent de cadre \u00e0 la preuve. On peut seulement d\u00e9partager les th\u00e9ories en jugeant de leur coh\u00e9rence et de leur f\u00e9condit\u00e9. Il n\u2019y a de \u00ab\u00a0preuve\u00a0\u00bb que des r\u00e9sultats d\u00e9duits de la th\u00e9orie lorsqu\u2019ils sont compatibles avec les donn\u00e9es empirico-techniques.<\/p>\n<div id=\"attachment_57\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/www.parolesdetraverse.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/bosch-sph\u00e8re-998.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-57\" class=\"size-medium wp-image-57\" src=\"http:\/\/www.parolesdetraverse.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/bosch-sph\u00e8re-998-300x238.jpg\" alt=\"J\u00e9r\u00f4me Bosch, Le jardin des d\u00e9lices (d\u00e9tail)\" width=\"300\" height=\"238\" srcset=\"http:\/\/www.parolesdetraverse.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/bosch-sph\u00e8re-998-300x238.jpg 300w, http:\/\/www.parolesdetraverse.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/bosch-sph\u00e8re-998-377x300.jpg 377w, http:\/\/www.parolesdetraverse.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/bosch-sph\u00e8re-998.jpg 924w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-57\" class=\"wp-caption-text\">J\u00e9r\u00f4me Bosch, Le jardin des d\u00e9lices (d\u00e9tail)<\/p><\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La premi\u00e8re partie effectuait un parcours critique du texte de Michel Onfray, Le cr\u00e9puscule d\u2019une idole, \u00e0 travers la naissance de la psychanalyse, sa m\u00e9thode th\u00e9rapeutique et quelques-uns de ses concepts. 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