{"id":92,"date":"2015-01-24T21:32:21","date_gmt":"2015-01-24T20:32:21","guid":{"rendered":"http:\/\/www.parolesdetraverse.fr\/?p=92"},"modified":"2015-03-14T21:38:32","modified_gmt":"2015-03-14T20:38:32","slug":"du-droit-de-choisir-sa-fin-de-vie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.parolesdetraverse.fr\/?p=92","title":{"rendered":"Du droit de choisir sa fin de vie"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;\">\u00ab<strong><em> Qui apprendrait les hommes \u00e0 mourir, leur apprendrait \u00e0 vivre<\/em> \u00bb : cette maxime de Montaigne (<em>Essais<\/em>, I, chap. 19) sonne aujourd\u2019hui \u00e0 nos oreilles comme une pens\u00e9e exotique. Elle signifie pour le moins qu\u2019il y a un rapport intime entre la vie et la mort, deux entit\u00e9s qu\u2019on a pris l\u2019habitude de penser s\u00e9par\u00e9ment. C\u2019est sur le point d\u00e9cisif de leur indissociabilit\u00e9, celui de la fin de vie, qu\u2019est interrog\u00e9e ici la question du \u00ab suicide assist\u00e9 \u00bb et de l\u2019\u00ab euthanasie \u00bb, alors qu\u2019une nouvelle proposition de loi est d\u00e9pos\u00e9e en France. Apr\u00e8s avoir rappel\u00e9 l\u2019enjeu l\u00e9gislatif et pr\u00e9cis\u00e9 quelques points de vocabulaire, neuf arguments des opposants \u00e0 toute modification de la loi sont d\u00e9mont\u00e9s, ce qui conduit, par contraste, \u00e0 un plaidoyer en faveur du droit \u00e0 une \u00ab mort choisie \u00bb.<\/strong><\/span><\/p>\n<h1 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;\"><!--more--><\/span><\/h1>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;\"><strong>La loi de 2005<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;\">Apr\u00e8s la loi de 2002 qui reconna\u00eet aux malades le droit de refuser un traitement, la loi de 2005, \u00ab <em>relative aux droits des malades et \u00e0 la fin de la vie<\/em> \u00bb, dite loi Leonetti, compl\u00e9t\u00e9e par le d\u00e9cret du 29 janvier 2010, reconna\u00eet au patient le droit de ne pas subir une \u00ab <em>obstination d\u00e9raisonnable<\/em> \u00bb (alias \u00ab acharnement th\u00e9rapeutique \u00bb) : \u00ab <em>Lorsqu\u2019une personne en phase avanc\u00e9e ou terminale d\u2019une affection grave et incurable (&#8230;) d\u00e9cide de limiter ou d\u2019arr\u00eater tout traitement, le m\u00e9decin respecte sa volont\u00e9 apr\u00e8s l\u2019avoir inform\u00e9 des cons\u00e9quences de son choix<\/em> \u00bb ; il doit alors lui assurer la \u00ab <em>qualit\u00e9<\/em> \u00bb de sa fin de vie, \u00e0 savoir le soulagement de la douleur (les \u00ab <em>soins palliatifs<\/em> \u00bb). S\u2019il est amen\u00e9 \u00e0 appliquer un traitement qui a \u00ab <em>pour effet secondaire d\u2019abr\u00e9ger sa vie<\/em> \u00bb (le \u00ab double effet \u00bb), il doit en informer le malade.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;\">Deuxi\u00e8me cas : \u00ab <em>Lorsque la personne est hors d\u2019\u00e9tat d\u2019exprimer sa volont\u00e9, la limitation ou l\u2019arr\u00eat du traitement susceptible de mettre sa vie en danger ne peut \u00eatre r\u00e9alis\u00e9 sans avoir respect\u00e9 la proc\u00e9dure coll\u00e9giale<\/em> \u00bb : celle-ci comporte la consultation d\u2019autres m\u00e9decins, celle des personnes proches (la \u00ab <em>personne de confiance<\/em> \u00bb, la famille) et la prise en compte, si elles existent, des \u00ab <em>directives anticip\u00e9es<\/em> \u00bb.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;\">Cette loi a atteint ses limites. D\u2019abord, le pouvoir de d\u00e9cision reste entre les mains du corps m\u00e9dical, particuli\u00e8rement dans le cas d\u2019une personne qui ne peut exprimer sa volont\u00e9. La r\u00e9daction de \u00ab directives anticip\u00e9es \u00bb par le malade avec la d\u00e9signation d\u2019une \u00ab personne de confiance \u00bb, est une r\u00e9alit\u00e9 tr\u00e8s minoritaire, et ces directives ne sont pas opposables au m\u00e9decin.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;\">Quant \u00e0 la m\u00e9thode de la \u00ab s\u00e9dation terminale \u00bb, elle para\u00eet cruelle. Tol\u00e9r\u00e9e par la loi, elle consiste\u00a0\u00e0 stopper le traitement, y compris l\u2019hydratation et l\u2019alimentation artificielle (consid\u00e9r\u00e9es comme des traitements), tout en endormant le patient, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019arr\u00eat de la vie: l\u2019agonie, suppos\u00e9e indolore, peut se prolonger pendant des semaines. D&rsquo;autres patients conscients sont plac\u00e9s dans un processus d\u2019agonie prolong\u00e9e, malgr\u00e9 leur demande r\u00e9it\u00e9r\u00e9e de mourir. En effet, l\u2019 \u00ab assistance m\u00e9dicale \u00e0 mourir \u00bb qui pr\u00e9cipite la d\u00e9c\u00e8s en quelques minutes, est exclue par la loi de 2005. Cette loi \u00e9carte donc le \u00ab faire mourir \u00bb actif (suicide assist\u00e9 ou euthanasie) au profit d\u2019un \u00ab laisser mourir \u00bb passif qui est cens\u00e9 satisfaire la conscience des m\u00e9decins mais fait la sourde oreille \u00e0 l\u2019appel des malades.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;\"><strong>L\u2019enjeu d\u2019une nouvelle loi<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;\">Une nouvelle loi sur la fin de vie doit \u00eatre pr\u00e9sent\u00e9e au Parlement au mois d\u2019avril 2015, et si l&rsquo;on reprend la proposition 21 du candidat Fran\u00e7ois Hollande, cette loi doit inclure \u00ab <em>une assistance m\u00e9dicalis\u00e9e pour terminer sa vie dans la dignit\u00e9<\/em> \u00bb pour \u00ab <em>toute personne majeure en phase avanc\u00e9e ou terminale d\u2019une maladie incurable, provoquant une souffrance physique ou psychique insupportable et qui ne peut \u00eatre apais\u00e9e<\/em>. \u00bb Une formulation qui reste tr\u00e8s g\u00e9n\u00e9rale et ne fait pas la diff\u00e9rence entre soins palliatifs et \u00ab euthanasie \u00bb.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;\">Le d\u00e9bat a donn\u00e9 lieu \u00e0 trois rapports successifs sur la fin de vie, celui de la Commission pr\u00e9sid\u00e9 par Didier Sicard (d\u00e9c. 2012) d\u00e9favorable \u00e0 une \u00e9volution de la loi, celui de la Conf\u00e9rence de citoyens (d\u00e9c. 2013) favorable au suicide assist\u00e9 et \u00e0 la cr\u00e9ation d&rsquo;une \u00ab exception d&rsquo;euthanasie \u00bb et enfin celui de la mission confi\u00e9e \u00e0 l&rsquo;inamovible Jean Leonetti (UMP) et \u00e0 Alain Claeys (PS) (d\u00e9c. 2015) qui vient de d\u00e9boucher sur la <a title=\"proposition de loi\" href=\"http:\/\/www.assemblee-nationale.fr\/14\/dossiers\/nouveaux_droits_personnes_fin_vie.asp\">proposition de loi<\/a> pr\u00e9vue.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;\">Cette proposition, par ailleurs conforme \u00e0 un avis du Comit\u00e9 Consultatif National d\u2019Ethique publi\u00e9 en juin 2013, apporte des am\u00e9liorations, mais \u00e9carte le suicide assist\u00e9 et l&rsquo;euthanasie et se contente de la s\u00e9dation profonde:<\/span><\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;\">\u00ab Art. L.1110-5-2. \u2013 <em>\u00c0 la demande du patient d\u2019\u00e9viter toute souffrance et de ne pas prolonger inutilement sa vie, un traitement \u00e0 vis\u00e9e s\u00e9dative et antalgique provoquant une alt\u00e9ration profonde et continue de la vigilance jusqu\u2019au d\u00e9c\u00e8s associ\u00e9 \u00e0 l\u2019arr\u00eat de l\u2019ensemble des traitements de maintien en vie est mis en \u0153uvre dans les cas suivants :<\/em><br \/>\n<em>\u00ab \u2013 lorsque le patient atteint d\u2019une affection grave et incurable dont le pronostic vital est engag\u00e9 \u00e0 court terme pr\u00e9sente une souffrance r\u00e9fractaire au traitement ;<\/em><br \/>\n<em>\u00ab \u2013 lorsque la d\u00e9cision du patient, atteint d\u2019une affection grave et incurable, d\u2019arr\u00eater un traitement, engage son pronostic vital \u00e0 court terme<\/em>.<\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;\">La proposition examine ensuite le cas du patient qui, plac\u00e9 dans une situation d&rsquo;obstination d\u00e9raisonnable, est hors d&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;exprimer sa volont\u00e9. Enfin, les <\/span><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;\">\u00ab directives anticip\u00e9es \u00bb sont red\u00e9finies et rendues contraignantes <sup>1<\/sup>.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;\">Mais, \u00e0 trop rechercher un consensus impossible, il n\u2019y aura qu\u2019un changement cosm\u00e9tique de la loi, d\u00e9j\u00e0 trop pour les uns qui vont crier \u00e0 l\u2019euthanasie cach\u00e9e, trop peu pour les autres d\u00e8s lors que le passage au \u00ab suicide assist\u00e9 \u00bb n&rsquo;est pas os\u00e9.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;\">Le diable se cache dans les d\u00e9tails. Deux points sont donc \u00e0 surveiller : l\u2019opposabilit\u00e9 effective des directives anticip\u00e9es afin que, dans le partage du pouvoir, le curseur soit d\u00e9plac\u00e9 du m\u00e9decin vers le patient ; la nature d\u2019une s\u00e9dation \u00ab terminale \u00bb afin que la fin de vie ne soit pas une lente agonie mais ouvre la possibilit\u00e9 d\u2019une \u00ab mort assist\u00e9e \u00bb quasi imm\u00e9diate. Sinon, la l\u00e9galisation de l\u2019euthanasie aura \u00e9t\u00e9 une victime collat\u00e9rale de la pol\u00e9mique qui s\u2019est d\u00e9cha\u00een\u00e9e sur cet autre \u00ab fait de soci\u00e9t\u00e9 \u00bb, le mariage pour tous.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;\">Pourtant une \u00e9crasante majorit\u00e9 de Fran\u00e7ais, et m\u00eame une majorit\u00e9 de m\u00e9decins, sont favorables \u00e0 une \u00e9volution de la loi dans le sens d\u2019une possibilit\u00e9 d\u2019abr\u00e9ger sa vie lorsqu\u2019elle est v\u00e9cue dans une souffrance sans issue <sup>2<\/sup>. Des lois autorisant l\u2019euthanasie ou le suicide assist\u00e9 ont \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9es dans des pays voisins : les Pays-Bas, la Belgique, la Suisse, ainsi que dans quatre Etats des Etats-Unis. Elles n\u2019y sont plus gu\u00e8re contest\u00e9es.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;\">A l\u2019approche du vote de la loi, les opposants vont de nouveau se faire entendre. Ce qui suit est l&rsquo;examen critique de quelques arguments utilis\u00e9s par ces adversaires de toute forme d&rsquo;\u00ab euthanasie \u00bb ou de \u00ab suicide assist\u00e9 \u00bb et c&rsquo;est, par cons\u00e9quent, un plaidoyer pour une franche modification de la loi, en pleine adh\u00e9sion avec le combat que poursuit l\u2019<em>Association pour le Droit de Mourir dans la Dignit\u00e9<\/em> <sup>3<\/sup>.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;\">Derri\u00e8re les arguments qui s&rsquo;\u00e9changent dans le d\u00e9bat public, il y a les existences priv\u00e9es, celles de nos proches, et leurs souffrances v\u00e9cues, objet de notre compassion. Il faut \u00e9couter le r\u00e9cit &#8211; toujours bouleversant &#8211; de ceux qui ont v\u00e9cu cette situation dans leur relation \u00e0 un \u00eatre proche. Des livres en font le r\u00e9cit, des oeuvres de fiction \u00e9galement <sup>4<\/sup>. Comme la naissance, passage du non-\u00eatre \u00e0 l\u2019\u00eatre, la mort nous porte \u00e0 la limite, proprement impensable, de l&rsquo;existence humaine: \u00eatre et puis ne plus \u00eatre. Cet \u00e9v\u00e8nement, \u00e0 chaque fois absolument singulier, touche aux \u00e9motions les plus fortes que les hommes puissent conna\u00eetre. Comment traiter cela dans la froide expression et la g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9 d&rsquo;une loi ? Et pourtant, il le faut.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;\"><strong>Le choix des mots<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;\">\u00ab Euthanasie \u00bb et \u00ab suicide assist\u00e9 \u00bb sont les expressions les plus courantes. Elles v\u00e9hiculent des connotations qui sont utilis\u00e9es pour discr\u00e9diter les partisans de la libert\u00e9 de choisir sa fin de vie.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;\">L&rsquo;<em>euthanasie<\/em>, chacun peut la souhaiter pour soi, le moment venu, dans son sens \u00e9tymologique de \u00ab mort douce \u00bb. L&rsquo;ambigu\u00eft\u00e9 vient de ce que le terme efface la question du consentement ou, plus exactement, du choix volontaire. On pense \u00e0 l&rsquo;\u00e9limination forc\u00e9e des handicap\u00e9s et des malades mentaux par les nazis. Les connotations du terme militent contre lui et il y a d\u00e9saccord sur le sens exact \u00e0 lui donner.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;\">Le <em>suicide<\/em>, acte de se donner \u00e0 soi-m\u00eame la mort, concerne des personnes, le plus souvent valides, prises dans une situation personnelle de d\u00e9sespoir. Ces situations exacerb\u00e9es de d\u00e9ception amoureuse, d&rsquo;\u00e9chec professionnel ou de solitude, ne sont pas sans rem\u00e8de et le candidat au suicide a potentiellement encore toute une vie devant lui. Son cas est tr\u00e8s diff\u00e9rent de celui d&rsquo;une personne en fin de vie, affront\u00e9e \u00e0 une pathologie grave et sans rem\u00e8de.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;\">Il faut donc trouver d\u2019autres formulations, comme les p\u00e9riphrases: <em>aide active \u00e0 mourir, euthanasie volontaire, assistance m\u00e9dicale pour mourir, droit de mourir dans la dignit\u00e9 <sup>5<\/sup><\/em>. <em>Mort assist\u00e9e<\/em> ou <em>mort choisie<\/em> sont des expressions plus simples et directes. <\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;\">On emploiera n\u00e9anmoins, par facilit\u00e9, les expressions de \u00ab suicide assist\u00e9 \u00bb quand la personne est capable de s\u2019auto-administrer une substance l\u00e9tale qu\u2019on lui a fournie et d\u2019 \u00ab euthanasie \u00bb quand une tierce personne intervient pour injecter le produit l\u00e9tal \u00e0 une personne qui n\u2019est pas en \u00e9tat de le faire elle-m\u00eame.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;\">Les arguments des opposants \u00e0 une nouvelle loi, tournent autour du principe du respect absolu de la vie et de la revendication de soins palliatifs pour tous, comme r\u00e9ponse compl\u00e8te \u00e0 la question pos\u00e9e. De fa\u00e7on moins explicite, ils s&rsquo;articulent \u00e0 des pr\u00e9suppos\u00e9s religieux <sup>6<\/sup>.<\/span><\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;\"><strong>1. \u00ab <em>Le principe du respect absolu de la vie<\/em> \u00bb ?<\/strong><\/span><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;\">La notion de \u00ab respect absolu de la vie \u00bb, prise au pied de la lettre, est un non-sens : le vivant se nourrit en tuant le vivant, la m\u00e9decine elle-m\u00eame \u00e9limine le vivant pathog\u00e8ne. Il s&rsquo;agit donc du respect de la vie <em>humaine<\/em> (le respect de la vie animale requiert un autre d\u00e9bat). Or la vie humaine ne se r\u00e9sume pas \u00e0 ses fonctions biologiques.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;\">Il s&rsquo;agit donc, plus pr\u00e9cis\u00e9ment encore, du respect de la <em>personne<\/em> humaine. Or, la personne humaine se d\u00e9finit essentiellement par la conscience de soi et le libre-arbitre. Cette libert\u00e9 inclut le choix d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 d&rsquo;une forme de vie pour soi, y compris la d\u00e9cision \u00e9ventuelle de mettre un terme \u00e0 sa vie, un choix qui ne porte pas en soi atteinte au respect d\u00fb aux autres.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;\">En effet, la vie en g\u00e9n\u00e9ral, et l&rsquo;existence humaine en particulier, est indissociable de la mort. La mort est co-pr\u00e9sente \u00e0 la vie comme l\u2019\u00e9v\u00e9nement dernier dont le moment seul est, en g\u00e9n\u00e9ral, impr\u00e9visible. L&rsquo;homme refuse le plus souvent de penser \u00e0 cette perspective, il vit dans le d\u00e9ni de sa finitude et l&rsquo;illusion de pouvoir prolonger ind\u00e9finiment son existence.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;\">Or, l&rsquo;existence individuelle se raconte dans une histoire construite par une s\u00e9rie de choix, histoire qui donne un \u00ab sens \u00bb \u00e0 l&rsquo;existence, r\u00e9alise son \u00ab identit\u00e9 narrative \u00bb<sup> 7<\/sup>. La mort est ce qui cl\u00f4t ce sens, lui donne sa coloration finale et l\u2019offre aux autres &#8211; puisque celui qui d\u00e9c\u00e8de n&rsquo;en jouira pas. La mani\u00e8re pour chacun de mourir est donc partie int\u00e9grante du sens de sa vie. C&rsquo;\u00e9tait bien plus visible autrefois o\u00f9 le mourant soldait ses comptes, entour\u00e9 des siens, sur son lit de mort, craignant par-dessus tout une mort qui surviendrait \u00e0 l&rsquo;improviste <sup>8<\/sup>.<\/span><\/p>\n<div id=\"attachment_97\" style=\"width: 342px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/www.parolesdetraverse.fr\/wp-content\/uploads\/2015\/01\/mort_socrate-1000.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-97\" class=\" wp-image-97\" src=\"http:\/\/www.parolesdetraverse.fr\/wp-content\/uploads\/2015\/01\/mort_socrate-1000-300x195.jpg\" alt=\"Jacques-Louis David, La Mort de Socrate, 1787\" width=\"332\" height=\"216\" srcset=\"https:\/\/www.parolesdetraverse.fr\/wp-content\/uploads\/2015\/01\/mort_socrate-1000-300x195.jpg 300w, https:\/\/www.parolesdetraverse.fr\/wp-content\/uploads\/2015\/01\/mort_socrate-1000-462x300.jpg 462w, https:\/\/www.parolesdetraverse.fr\/wp-content\/uploads\/2015\/01\/mort_socrate-1000.jpg 1000w\" sizes=\"auto, (max-width: 332px) 100vw, 332px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-97\" class=\"wp-caption-text\">Jacques-Louis David, La Mort de Socrate, 1787<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;\">Choisir de prolonger sa fin de vie, m\u00eame dans la souffrance physique ou psychique, quand elle est accompagn\u00e9e par ses proches et appuy\u00e9e sur des soins palliatifs, est une issue qui peut apporter, malgr\u00e9 la douleur, des satisfactions.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;\">Mais choisir de recevoir la mort est une autre issue, aussi respectable, pour quelqu&rsquo;un qui ressent sa d\u00e9ch\u00e9ance physique et morale, qui se sent enferm\u00e9 dans une d\u00e9pendance totale ou dans une douleur torturante et qui s&rsquo;y refuse. C&rsquo;est une mani\u00e8re de se faire reconna\u00eetre comme <em>sujet<\/em> au lieu d&rsquo;\u00eatre un <em>objet<\/em> techniquement soign\u00e9, r\u00e9duit \u00e0 un corps souffrant, sous l&#8217;emprise de l&rsquo;institution m\u00e9dicale. Cette \u00ab ultime libert\u00e9 \u00bb est le dernier pouvoir qui reste lorsqu\u2019il n\u2019y a plus de \u00ab projet de vie \u00bb possible. Et c&rsquo;est le sens dernier que cette personne peut donner \u00e0 son existence, le chapitre, si possible apais\u00e9, qui cl\u00f4t son histoire personnelle et laissera le souvenir d&rsquo;une mort choisie et non subie <sup>9<\/sup>.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;\">Le \u00ab pro-vie \u00bb des opposants \u00e0 une modification de la loi sonne bien : qui peut \u00eatre \u00ab contre la Vie \u00bb ? La \u00ab mort assist\u00e9e \u00bb ou le \u00ab droit de mourir dans la dignit\u00e9 \u00bb des autres est plus aust\u00e8re : on nous parle de mort. Pourtant, qui c\u00e9l\u00e8bre le mieux la vie ? Le \u00ab <em>pro-vie<\/em> \u00bb, c&rsquo;est aussi le \u00ab <em>pro-mort dans la souffrance<\/em> \u00bb, tandis que le \u00ab <em>droit de mourir dans la dignit\u00e9<\/em> \u00bb est une fa\u00e7on de clamer : \u00ab <em>vive la vie!<\/em> \u00bb.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;\">En effet, admettre cette possibilit\u00e9 ultime ne fait pas partie d&rsquo;une \u00ab culture de mort \u00bb. Bien au contraire, car repousser la mort \u00e0 tout prix, envers et contre tout, c&rsquo;est une mani\u00e8re de sacraliser la mort, de la \u00ab respecter \u00bb, de la subir, tandis que choisir le moment de sa mort, c&rsquo;est en \u00eatre l&rsquo;acteur, c&rsquo;est une fa\u00e7on de la vaincre, de lui faire un pied de nez, au nom de la vie, au nom de la vie telle qu&rsquo;on l&rsquo;aime : c&rsquo;est paradoxalement un hymne \u00e0 la vie <sup>10<\/sup>.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;\">Tous ceux qui ont connu cette situation de fin de vie le disent : savoir qu&rsquo;existe cette possibilit\u00e9 en r\u00e9serve, ce n&rsquo;est pas cultiver le morbide, c&rsquo;est au contraire apaiser sa souffrance morale, se permettre de vivre plus intens\u00e9ment le temps pr\u00e9sent, le plus longtemps possible. De plus, selon le Docteur Damien Delmer, savoir qu\u2019on pourra ma\u00eetriser sa mort renforce le syst\u00e8me immunitaire du patient, tandis que le cas contraire d\u00e9prime ce syst\u00e8me en le stressant.<\/span><\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;\"><strong>2. \u00ab <em>L\u00e9galiser l&rsquo;euthanasie c&rsquo;est l\u00e9galiser un meurtre<\/em> \u00bb ?<\/strong><\/span><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;\">L\u2019euthanasie est identifi\u00e9e par ses opposants \u00e0 un meurtre. Pire encore, il s\u2019agirait d\u2019un assassinat puisque l\u2019acte est pr\u00e9m\u00e9dit\u00e9, avec cette circonstance aggravante d&rsquo;\u00eatre commis sur une personne \u00ab vuln\u00e9rable \u00bb.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;\">Or, puisque tuer est \u00ab causer la mort de quelqu\u2019un \u00bb, quelle est la cause responsable dans le cas d\u2019une euthanasie ou d\u2019un suicide assist\u00e9 ? Est-ce la personne qui fournit la substance l\u00e9tale, celle qui, si n\u00e9cessaire, l&rsquo;injecte, ou est-ce la personne elle-m\u00eame, celle qui a demand\u00e9 \u00e0 ce qu\u2019on l\u2019aide \u00e0 mourir ?<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;\">\u00ab L&rsquo;assistance \u00e0 euthanasie \u00bb a pour condition le choix libre, conscient, r\u00e9p\u00e9t\u00e9, averti du patient. La difficult\u00e9 commence lorsque la personne est sans conscience et par cons\u00e9quent sans possibilit\u00e9 imm\u00e9diate de formuler un choix. La g\u00e9n\u00e9ralisation des \u00ab directives anticip\u00e9es\u00bb permettrait une substitution satisfaisante \u00e0 la demande formul\u00e9e \u00ab en temps r\u00e9el \u00bb lorsqu\u2019elle n\u2019est plus possible.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;\">On ne peut, sans confusion, parler de <em>quelqu\u2019un qui en tue un autre<\/em>, encore moins de meurtre et d\u2019assassinat, parce que le meurtre, qui est une agression d\u00e9cid\u00e9e par un autre, et la mort assist\u00e9e, qui est un choix pour soi, accompagn\u00e9 d\u2019une demande d\u2019assistance, n&rsquo;ont rien \u00e0 voir. Quant \u00e0 l&rsquo;aidant au suicide, s&rsquo;il intervient, il est anim\u00e9 d&rsquo;un motif d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9, il agit par compassion. C\u2019est <em>l\u2019intention<\/em> qui fait la diff\u00e9rence.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;\">Bien s\u00fbr le m\u00e9decin doit refuser par principe, et fort heureusement, le : \u00ab il n\u2019y a plus rien \u00e0 faire \u00bb. Son devoir hippocratique l\u2019oblige \u00e0 soigner et non \u00e0 enlever la vie. Du coup, on dit que la pr\u00e9paration et l&rsquo;accomplissement de la mort assist\u00e9e sont une grande violence pour le m\u00e9decin qui y participe ainsi que pour le malade lui-m\u00eame et son l&rsquo;entourage. Or, c&rsquo;est la souffrance elle-m\u00eame qui est la violence la plus grande pour le malade, pour ses proches et pour le personnel soignant, quand il n\u2019y a plus d\u2019espoir. Quant \u00e0 la mort, elle aura lieu de toute fa\u00e7on, on ne peut pas l&rsquo;interdire ! Autant qu&rsquo;elle soit aussi douce que possible.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;\">S&rsquo;agissant du m\u00e9decin, son accompagnement de la fin de vie s&rsquo;\u00e9tend logiquement jusqu&rsquo;\u00e0 la fin effective de cette vie, jusqu\u2019\u00e0 cette limite extr\u00eame, sans esquive en ce dernier moment. D&rsquo;ailleurs, si l&rsquo;on dit qu&rsquo;administrer la mort demand\u00e9e n&rsquo;est pas un acte curatif et sort de la fonction m\u00e9dicale, c&rsquo;est le cas \u00e9galement des soins palliatifs, pourtant admis par tous. Une modification de la loi permettrait de \u00ab d\u00e9culpabiliser \u00bb, juridiquement et moralement, les nombreux m\u00e9decins qui, de fait, pratiquent clandestinement des actes d&rsquo;euthanasie.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;\">En tout \u00e9tat de cause, il est important d\u2019avoir l\u2019adh\u00e9sion du plus grand nombre possible de m\u00e9decins pour r\u00e9ussir l\u2019application d\u2019une nouvelle loi. Eux seuls peuvent juger du caract\u00e8re incurable d\u2019une maladie et du contenu d\u2019une \u00ab obstination d\u00e9raisonnable \u00bb. Cela rel\u00e8ve d\u2019un jugement \u00ab prudentiel \u00bb, qui \u00e9tant faillible, doit n\u00e9cessairement \u00eatre prononc\u00e9 de fa\u00e7on transparente et coll\u00e9giale et \u00eatre communiqu\u00e9, en dehors de toute manipulation, au patient.<\/span><\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;\"><strong>3. \u00ab <em>L\u00e9galiser la mort assist\u00e9e institue une l\u00e9galisation du suicide<\/em> \u00bb ?<\/strong><\/span><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;\">Le suicide comme tel n&rsquo;est pas consid\u00e9r\u00e9 comme un crime. Ce qui pourrait l&rsquo;\u00eatre, c&rsquo;est l&rsquo;assistance au suicide.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;\">Aider au suicide, dans le cas d&rsquo;un malade susceptible raisonnablement de gu\u00e9rison, peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme un acte criminel. La situation est toute diff\u00e9rente avec le malade en fin de vie, souffrant physiquement ou psychiquement, sans gu\u00e9rison possible, handicap\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 briser l&rsquo;estime de soi. On ne peut englober sans confusion sous le terme de suicide (et celui d&rsquo;aide au suicide) ces deux situations \u00e0 la signification oppos\u00e9e : arr\u00eater une vie qui pourrait se poursuivre avec la pl\u00e9nitude des caract\u00e9ristiques d&rsquo;une personne \/ arr\u00eater une vie qui se vit elle-m\u00eame comme enferm\u00e9e dans une souffrance d\u00e9finitive, comme une \u00ab non-vie \u00bb. Quant \u00e0 l&rsquo;appr\u00e9ciation du caract\u00e8re \u00ab insupportable \u00bb d&rsquo;une fin de vie, elle ne peut \u00eatre jug\u00e9e que par la personne concern\u00e9e elle-m\u00eame.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;\">Le pr\u00e9alable est de s&rsquo;assurer que l&rsquo;entourage et l&rsquo;institution m\u00e9dicale ont fait tout ce qui \u00e9tait en leur pouvoir pour \u00e9viter cette issue, prodiguer des soins qui calment la douleur, entourer la personne d&rsquo;affection, sans exercer de chantage affectif ou moral dans un sens ou dans un autre. En r\u00e9alit\u00e9, plut\u00f4t que de suicide assist\u00e9, il faudrait parler d&rsquo;assistance \u00e0 fin de vie, dans un ensemble o\u00f9 on ne peut s\u00e9parer la <em>fin de vie<\/em> de la <em>fin de la vie<\/em>. Cette assistance englobe l&rsquo;accompagnement, les soins palliatifs, et &#8211; en fonction de la demande de la personne &#8211; la mort assist\u00e9e : les deux gestes ne sont pas oppos\u00e9s mais compl\u00e9mentaires.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;\">La d\u00e9cision implique la personne elle-m\u00eame et un collectif englobant la \u00ab personne de confiance \u00bb, les proches et des m\u00e9decins, afin de distinguer une simple pulsion suicidaire d\u2019une d\u00e9cision r\u00e9fl\u00e9chie. Mais si chacun apporte son savoir ou sa conviction, au final, la d\u00e9cision souveraine doit appartenir \u00e0 la personne elle-m\u00eame.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;\">La question des conditions concr\u00e8tes du passage \u00e0 la mort assist\u00e9e se pose alors : qui prescrit, qui administre, si la personne ne peut le faire elle-m\u00eame? C&rsquo;est \u00e0 la loi de formuler les modalit\u00e9s de cette proc\u00e9dure. En aucun cas, ces conditions ne doivent \u00eatre culpabilisantes, intrusives, oppressantes pour un patient dont la souffrance psychique s&rsquo;augmenterait d&rsquo;\u00eatre soumis aux tours et d\u00e9tours de la toute-puissance des institutions.<\/span><\/p>\n<div id=\"attachment_98\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/www.parolesdetraverse.fr\/wp-content\/uploads\/2015\/01\/HawkingWWE-1000.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-98\" class=\"size-medium wp-image-98\" src=\"http:\/\/www.parolesdetraverse.fr\/wp-content\/uploads\/2015\/01\/HawkingWWE-1000-300x188.jpg\" alt=\"Le cosmologiste Stephen Hawking, favorable au droit \u00e0 l\u2019euthanasie\" width=\"300\" height=\"188\" srcset=\"https:\/\/www.parolesdetraverse.fr\/wp-content\/uploads\/2015\/01\/HawkingWWE-1000-300x188.jpg 300w, https:\/\/www.parolesdetraverse.fr\/wp-content\/uploads\/2015\/01\/HawkingWWE-1000-478x300.jpg 478w, https:\/\/www.parolesdetraverse.fr\/wp-content\/uploads\/2015\/01\/HawkingWWE-1000.jpg 1000w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-98\" class=\"wp-caption-text\">Le cosmologiste Stephen Hawking, favorable au <span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;\">droit \u00e0 l\u2019euthanasie<\/span><\/p><\/div>\n<h2 style=\"text-align: justify;\"><\/h2>\n<h2 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;\"><strong>4. \u00ab <em>Il est vain d&rsquo;\u00e9dicter une loi qui ne concerne que quelques cas<\/em> \u00bb ; \u00ab <em>l\u00e9galiser l&rsquo;euthanasie, c&rsquo;est ouvrir la voie \u00e0 des d\u00e9rives<\/em> \u00bb ?<\/strong><\/span><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;\">Deux arguments assez contradictoires. Les quelques cas concern\u00e9s, nous dit-on, il faut les laisser dans la zone obscure o\u00f9 se joue, ici ou l\u00e0, une aide \u00e0 la mort. Pour ne pas \u00eatre banalis\u00e9e, l&rsquo;euthanasie doit rester une transgression de la loi, un acte d&rsquo;exception.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;\">Ce propos \u00e9nonce une prime \u00e0 l&rsquo;acte clandestin, \u00e0 l&rsquo;appr\u00e9ciation arbitraire, \u00e0 l&rsquo;ill\u00e9galit\u00e9, et reconna\u00eet implicitement le bien-fond\u00e9 d&rsquo;une mort assist\u00e9e.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;\">Or, les cas concern\u00e9s ne se r\u00e9duisent pas \u00e0 quelques-uns. Une \u00e9tude de l\u2019INED datant de novembre 2012 estime \u00e0 3000 cas par an le nombre d\u2019euthanasies pratiqu\u00e9es clandestinement en France et \u00e0 2000 le cas de suicides de personnes souffrant de maladies graves. Chaque ann\u00e9e, 100 000 personnes en fin de vie voient leur d\u00e9c\u00e8s \u00ab acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 \u00bb par l\u2019arr\u00eat d\u2019un traitement jug\u00e9 d\u00e9raisonnable. Si on transpose la situation des pays o\u00f9 le suicide assist\u00e9 ou l&rsquo;euthanasie sont autoris\u00e9s, si l&rsquo;on consid\u00e8re les estimations d&rsquo;euthanasie clandestine faites en France, on peut tabler sur une demande potentielle de \u00ab mort assist\u00e9e \u00bb qui concerne 1% \u00e0 2% des d\u00e9c\u00e8s, soit 5 000 \u00e0 10 000 personnes chaque ann\u00e9e.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;\">Inversement, ouvrir la voie \u00e0 la mort assist\u00e9e ne conduit pas n\u00e9cessairement \u00e0 des d\u00e9rives. Aucun droit humain n&rsquo;a une port\u00e9e illimit\u00e9e, car il s&rsquo;articule \u00e0 d&rsquo;autres droits et devoirs. D\u2019ailleurs, les enqu\u00eates dans les pays qui ont ouvert au droit de mourir montrent qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas d&rsquo;explosion des demandes. On est ici dans une situation similaire \u00e0 celle de l&rsquo;ouverture au droit \u00e0 l&rsquo;avortement : passage du clandestin au l\u00e9gal sans explosion des demandes.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;\">Refuser une loi au motif que celle-ci pourrait \u00eatre suivie d&rsquo;une deuxi\u00e8me plus ample, d&rsquo;une troisi\u00e8me, etc., est irrecevable. Une loi \u00e9nonce ses propres conditions et ses propres limites. Qu&rsquo;il y ait ensuite des revendications diverses, cela fait partie du jeu d\u00e9mocratique. Rien n&rsquo;indique <em>a priori<\/em> que des revendications ult\u00e9rieures franchiraient la barri\u00e8re l\u00e9gislative.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;\">On nous dit encore qu&rsquo;une loi est trop g\u00e9n\u00e9rale et abstraite et que, s&rsquo;agissant de la fin de vie, il n&rsquo;y a que des cas singuliers. Mais cette g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9 est le propre de toute loi. \u00c0 ce compte, autant abolir l&rsquo;\u00c9tat de droit et laisser toute d\u00e9cision \u00e0 l&rsquo;arbitraire. Le r\u00f4le de la loi est de fixer un cadre, c&rsquo;est aux \u00ab bonnes pratiques \u00bb ou \u00e0 la jurisprudence de faire le reste.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;\">De plus, ne pas l\u00e9gif\u00e9rer c&rsquo;est encore l\u00e9gif\u00e9rer, c&rsquo;est laisser le suicide assist\u00e9 sous le r\u00e9gime du meurtre. Il est donc l\u00e9gitime d&rsquo;inscrire dans la loi un nouveau droit de mourir, respectueux de la personne et de sa volont\u00e9.<\/span><\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;\"><strong>5. \u00ab <em>L\u00e9galiser \u00ab l\u2019euthanasie \u00bb, c\u2019est abandonner des personnes vuln\u00e9rables au lieu<\/em><\/strong> <strong><em>de les accompagner en fin de vie<\/em>. \u00bb ?<\/strong><\/span><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;\">C\u2019est, ajoute-t-on, une attitude utilitariste qui vise \u00e0 minimiser les d\u00e9penses relatives aux soins en fin de vie : traitement de maladies graves et d\u2019affections de longue dur\u00e9e, soins palliatifs, accompagnement, h\u00e9bergement ; des frais support\u00e9s par la solidarit\u00e9 nationale principalement, par l&rsquo;entraide familiale et par le patient lui-m\u00eame. Dans la r\u00e9alit\u00e9 pourtant, l\u00e0 ou l\u2019euthanasie a \u00e9t\u00e9 l\u00e9galis\u00e9e, les soins palliatifs ne sont pas tomb\u00e9s en d\u00e9sh\u00e9rence, bien au contraire.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;\">Rien n\u2019emp\u00eache de conjoindre des soins palliatifs (avec un d\u00e9clin lent et subi du patient aussi longtemps que possible) et le droit de mettre fin \u00e0 ses jours de mani\u00e8re \u00ab anticip\u00e9e \u00bb (par une mort active et choisie), laissant \u00e0 chacun la d\u00e9cision d\u2019opter pour une solution ou l\u2019autre. Ouvrir cette possibilit\u00e9 ne d\u00e9livre pas \u00ab un message d&rsquo;exclusion \u00bb aux personnes vuln\u00e9rables, c&rsquo;est au contraire un message d&rsquo;inclusion et de compassion pour les personnes dont on \u00e9coute enfin la demande.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;\">Et, encore une fois, l\u00e0 o\u00f9 l\u2019euthanasie a \u00e9t\u00e9 l\u00e9galis\u00e9e, ce ne sont pas du tout les personnes vuln\u00e9rables, indigentes ou exclues qui ont fait, plus que d\u2019autres, la demande d\u2019une mort assist\u00e9e. A l\u2019inverse, les Fran\u00e7ais financi\u00e8rement ais\u00e9es peuvent se rendre en Suisse, o\u00f9 le suicide assist\u00e9 de non-r\u00e9sidents est pratiqu\u00e9 l\u00e9galement par des associations.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;\">Revenons au d\u00e9bat \u00e9thique. Utilitarisme ? Du point de vue de la collectivit\u00e9, il est s\u00fbr que la disparition pr\u00e9coce de personnes qui sont lourdement handicap\u00e9es par une maladie grave et incurable, repr\u00e9senterait une \u00e9conomie substantielle pour les budgets de sant\u00e9. Le principe utilitariste de Bentham qui pose comme fin de l\u2019\u00e9thique \u00ab le plus grand bonheur possible <em>pour le plus grand nombre<\/em> <em>de personnes<\/em> \u00bb, est en r\u00e9alit\u00e9 un principe sacrificiel. Il faut, pour le moins, le remplacer par l\u2019id\u00e9e \u00ab du plus grand bonheur possible <em>pour tous<\/em> \u00bb. Cela reste n\u00e9anmoins obscur quant \u00e0 ce qu\u2019il en est du \u00ab bonheur possible \u00bb : le monde anglo-saxon l\u2019interpr\u00e8te en g\u00e9n\u00e9ral dans le contexte d\u2019une \u00e9conomie lib\u00e9rale.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;\">Une \u00e9thique de la libert\u00e9 (mais non \u00ab lib\u00e9rale \u00bb) interdit de consid\u00e9rer cette donn\u00e9e financi\u00e8re comme un argument en faveur de la \u00ab mort assist\u00e9e \u00bb. On troque alors le calcul utilitariste des satisfactions pour un point de vue d\u00e9ontologique, pour une notion de devoir, celui du respect universel des personnes humaines. C\u2019est le point de vue de la morale de Kant, dont le \u00ab rigorisme \u00bb exclut par principe tout ce qui peut ressembler au suicide.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;\">Mais il faut redescendre de la g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9 du principe \u00e0 la particularit\u00e9 des personnes qui font la demande d\u2019une \u00ab mort assist\u00e9e \u00bb, dans un certain contexte, et au respect de leur choix : le respect de la vie humaine s\u2019\u00e9tend \u00e0 la possibilit\u00e9 d\u2019une mort assist\u00e9e. On fait alors retour, si l\u2019on veut, \u00e0 une interpr\u00e9tation teint\u00e9e d\u2019utilitarisme : c\u2019est de<em> leur<\/em> bonheur dont il s\u2019agit, ou du moins de leur non-malheur.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;\">Quoi qu\u2019il en soit, on ne peut se dispenser de prendre en compte les d\u00e9penses du syst\u00e8me de sant\u00e9 et ce qu&rsquo;elles impliquent. Une grande partie de ces d\u00e9penses est consacr\u00e9e aux derniers mois des personnes en fin de vie. Or, les ressources ne peuvent \u00eatre allou\u00e9es \u00e0 l&rsquo;infini et simultan\u00e9ment dans tous les secteurs de la sant\u00e9 (recherche et soins), secteurs qui contribuent tous \u00e0 la qualit\u00e9 de vie et \u00e0 sa dur\u00e9e. A titre d\u2019exemple, le co\u00fbt d\u2019une journ\u00e9e d\u2019h\u00f4pital dans un service de r\u00e9animation \u00e9quivaut \u00e0 celui de la construction d\u2019un puits dans un pays du Sud, permettant de sauver des vies d\u2019enfants en fournissant l\u2019eau potable \u00e0 un village.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;\">R\u00e9clamer \u00e0 corps et \u00e0 cri la pr\u00e9servation de la vie ici, c\u2019est accepter que la mort fasse son oeuvre ailleurs : c\u2019est ce qu\u2019occultent les adversaires de la \u00ab mort assist\u00e9e \u00bb.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;\">Les malades en fin de vie sont eux-m\u00eames souvent conscients de ce fait, et se sentent une charge pour leur proche et pour la soci\u00e9t\u00e9 : \u00eatre d\u00e9pendant n\u2019est jamais une satisfaction. Cependant, cette r\u00e9alit\u00e9 du co\u00fbt des soins ne doit pas conduire \u00e0 renoncer aux soins palliatifs : la fin de vie ne doit pas \u00eatre une variable d\u2019ajustement des d\u00e9penses de sant\u00e9. Il ne s\u2019agit pas non plus mettre en accusation qui que ce soit : on est face \u00e0 une contrainte objective impliquant des choix budg\u00e9taires de sant\u00e9 publique et de solidarit\u00e9 qui sont \u00e0 d\u00e9battre contin\u00fbment <sup>11<\/sup>.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;\"><strong>6. \u00ab <em>La personne en fin de vie, souffrant physiquement et\/ou psychiquement, n&rsquo;est<\/em><\/strong> <strong><em>pas en \u00e9tat de produire une d\u00e9cision libre<\/em> \u00bb ?<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;\">La maladie affecterait son libre-arbitre.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;\">C&rsquo;est une remarque humiliante qui d\u00e9nie \u00e0 ces personnes la dignit\u00e9 \u00e0 laquelle tout \u00eatre humain a droit jusqu\u2019au terme de sa vie. Il n&rsquo;y a pas de libert\u00e9 qui ne soit en situation, soumise \u00e0 des contraintes de fait. L&rsquo;\u00eatre humain sous une dictature, comme le malade condamn\u00e9 \u00e0 la prison de sa souffrance, garde sa libert\u00e9 de conscience : hors le cas de pathologie mentale, le libre-arbitre est le propre inali\u00e9nable d&rsquo;une personne.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;\">D&rsquo;ailleurs, si la souffrance faisait d\u00e9choir une personne de son libre-arbitre, c&rsquo;est qu&rsquo;il faudrait la soumettre \u00e0 une d\u00e9cision ext\u00e9rieure. Mais quelle d\u00e9cision ? La question se reposerait. Si l&rsquo;on refuse d&rsquo;accorder la mort \u00e0 la personne qui en fait la demande, on pourrait tout autant refuser de prolonger la survie de celle qui r\u00e9clame l&rsquo;acharnement th\u00e9rapeutique: il faut respecter le choix formul\u00e9, c&rsquo;est la seule attitude coh\u00e9rente.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;\">Plus subtil est l&rsquo;argument qui admet le libre-arbitre tout en r\u00e9cusant le libre choix de mourir, au motif que la volont\u00e9 des personnes en fin de vie est fluctuante et que faire mourir quelqu&rsquo;un, c&rsquo;est le priver de la libert\u00e9 de d\u00e9cider <em>apr\u00e8s coup<\/em> de continuer \u00e0 vivre.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;\">L&rsquo;affirmation est sp\u00e9cieuse. D&rsquo;abord parce que tout en pr\u00e9tendant admettre le libre-arbitre, elle le nie; ensuite parce que beaucoup de d\u00e9cisions importantes de notre vie sont irr\u00e9versibles : la d\u00e9cision d&rsquo;avoir un enfant ne peut \u00eatre annul\u00e9e, cet enfant une fois n\u00e9. Respectons donc la demande anticip\u00e9e, affirm\u00e9e, r\u00e9it\u00e9r\u00e9e de la personne en souffrance d\u00e9finitive : c&rsquo;est la r\u00e8gle qui doit l&#8217;emporter sur les autres.<\/span><\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;\"><strong>7. \u00ab <em>Les soins palliatifs sont la r\u00e9ponse compl\u00e8te \u00e0 la question de la fin de vie <\/em><\/strong><\/span><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;\"><strong><em>dans la souffrance<\/em> \u00bb ?<\/strong><\/span><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;\">Le mot d&rsquo;ordre de ceux qui ne veulent pas de modification de la loi de 2005, c&rsquo;est: \u00ab Ni acharnement, ni euthanasie, mais soins palliatifs. \u00bb<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;\">Les soins palliatifs pratiquent une approche interdisciplinaire qui consid\u00e8re dans sa globalit\u00e9 la personne atteinte d\u2019une maladie grave. Ils visent \u00e0 soulager la douleur et prennent en compte la souffrance psychique. L\u2019offre de soins palliatifs est notoirement insuffisante en France. Il est imp\u00e9ratif de la d\u00e9velopper pour que l\u2019euthanasie ne se substitue pas \u00e0 un d\u00e9ficit de prise en charge. Mais les soins palliatifs ne peuvent \u00eatre la seule r\u00e9ponse et s&rsquo;imposer \u00e0 tous contre la volont\u00e9 m\u00eame du patient. Ils deviendraient alors une prison \u00e0 laquelle on condamne celui qui formule pourtant une autre demande, mais qu&rsquo;on refuse d&rsquo;\u00e9couter : on prolonge alors son agonie malgr\u00e9 son souhait r\u00e9it\u00e9r\u00e9 <sup>12<\/sup>. Ce serait en r\u00e9alit\u00e9 un cas de maltraitance.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;\">Il n&rsquo;y a pas de contradiction entre les soins palliatifs et la demande d&rsquo;une assistance \u00e0 mourir, ce sont deux r\u00e9ponses \u00e0 des attentes diff\u00e9rentes, mais telles que le choix doit \u00eatre ouvert \u00e0 chacun \u00e0 tout moment. Le mot d&rsquo;ordre satisfaisant, c&rsquo;est : \u00ab Pas d&rsquo;obstination d\u00e9raisonnable, mais soins palliatifs et droit de mourir dans la dignit\u00e9. \u00bb<\/span><\/p>\n<div id=\"attachment_96\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/www.parolesdetraverse.fr\/wp-content\/uploads\/2015\/01\/Bailly-1000.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-96\" class=\"size-medium wp-image-96\" src=\"http:\/\/www.parolesdetraverse.fr\/wp-content\/uploads\/2015\/01\/Bailly-1000-300x224.jpg\" alt=\"David Bailly, Autoportrait avec les symboles de la vanit\u00e9, 1651\" width=\"300\" height=\"224\" srcset=\"https:\/\/www.parolesdetraverse.fr\/wp-content\/uploads\/2015\/01\/Bailly-1000-300x224.jpg 300w, https:\/\/www.parolesdetraverse.fr\/wp-content\/uploads\/2015\/01\/Bailly-1000-401x300.jpg 401w, https:\/\/www.parolesdetraverse.fr\/wp-content\/uploads\/2015\/01\/Bailly-1000.jpg 1000w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-96\" class=\"wp-caption-text\"><span style=\"font-size: 12pt; font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">David Bailly, Autoportrait avec les symboles de la vanit\u00e9, 1651<\/span><\/p><\/div>\n<h2 style=\"text-align: justify;\"><\/h2>\n<h2 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt; font-family: arial,helvetica,sans-serif;\"><strong>8. \u00ab <em>Il faut laisser faire la nature<\/em> \u00bb?<\/strong><\/span><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt; font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">C\u2019est le lieu commun d\u2019une nature suppos\u00e9e g\u00e9n\u00e9reuse et non pas cruelle. Il faudrait laisser faire une mort dite <em>naturelle<\/em>.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt; font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">C&rsquo;est un non-sens : tout dans l&rsquo;existence sociale des hommes est marqu\u00e9 culturellement et les humains d&rsquo;aujourd&rsquo;hui sont immerg\u00e9s dans un environnement technique produit par les hommes. Laisser faire la nature, en bonne logique, ce serait abolir toute m\u00e9decine, \u00e0 commencer par les soins qui \u00ab prolongent \u00bb la vie, et se tourner vers un fatalisme passif ! C&rsquo;est d&rsquo;ailleurs en grande partie la m\u00e9decine elle-m\u00eame, soucieuse de prolonger \u00abartificiellement \u00bb la vie, qui a introduit la question de la fin de vie.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt; font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">Quant \u00e0 opposer un <em>laisser mourir<\/em> soi-disant plus \u00ab naturel \u00bb et acceptable (l&rsquo;euthanasie passive de la loi Leonetti) et un <em>faire mourir<\/em> plus intrusif \u00e0 rejeter (l&rsquo;euthanasie active), c&rsquo;est peut-\u00eatre rassurant pour le personnel soignant, mais c&rsquo;est une distinction qui rel\u00e8ve d&rsquo;une certaine hypocrisie <sup>13<\/sup>.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt; font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">Ce qui doit nous guider, c&rsquo;est un principe \u00e9thique : le <em>devoir<\/em> de respect de la personne, pas la<em> donn\u00e9e<\/em> d&rsquo;une nature, \u00ab nature \u00bb qui rel\u00e8ve ici d\u2019une personnification mythologique.<\/span><\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt; font-family: arial,helvetica,sans-serif;\"><strong>9. \u00ab <em>C&rsquo;est \u00e0 Dieu de d\u00e9cider<\/em> \u00bb ?<\/strong><\/span><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt; font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">Seul Dieu, qui a donn\u00e9 la vie aux hommes, a le pouvoir de d\u00e9cider de la mort, contre la toute puissance que s&rsquo;attribue la cr\u00e9ature, nous disent des hommes de foi.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt; font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">Ceci nous fait tomber dans le registre d\u2019une action surnaturelle invisible. On ne voit pas o\u00f9 se glisserait dans l&rsquo;existence humaine cette myst\u00e9rieuse intervention divine qui d\u00e9ciderait de faire mourir ou de prolonger la vie d\u2019une personne, entre acharnement th\u00e9rapeutique, m\u00e9decine palliative et volont\u00e9 d&rsquo;un malade d\u2019abr\u00e9ger ses souffrances.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt; font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">Confier \u00e0 Dieu la d\u00e9cision de la mort des \u00eatres humains conduit \u00e0 une \u00e9trange conception d&rsquo;une divinit\u00e9 responsable d&rsquo;innombrables souffrances humaines. Qui peut d&rsquo;ailleurs pr\u00e9tendre savoir ce que le Dieu des croyants, veut ? Sa \u00ab mis\u00e9ricorde \u00bb plaide, au contraire, en faveur d&rsquo;une assistance \u00e0 la mort &#8211; et c\u2019est bien ce qu\u2019on compris certains hommes de foi qui ne rejettent pas l\u2019id\u00e9e d\u2019une mort aid\u00e9e <sup>14<\/sup>.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt; font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">Qui peut croire, en effet, que celui qui r\u00e9clame ainsi de mourir dans la dignit\u00e9 est anim\u00e9 d\u2019une volont\u00e9 diabolique &#8211; c\u2019est la logique de l\u2019argument religieux &#8211; ? Jetons aux oubliettes ce fatras th\u00e9ologico-mythologique, et refusons du m\u00eame \u00e9lan de consid\u00e9rer que la souffrance est, par essence, \u00ab r\u00e9demptrice \u00bb.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt; font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">On invoque enfin le \u00ab Tu ne tueras point \u00bb biblique comme \u00e9tant un interdit absolu. Or, l&rsquo;injonction contraire a \u00e9t\u00e9 l\u00e9gitim\u00e9e \u00e0 travers l&rsquo;histoire, et continue de l\u2019\u00eatre, par des hommes de foi. M\u00eame aujourd&rsquo;hui, chez nous, il y a des aum\u00f4niers dans l&rsquo;arm\u00e9e : c&rsquo;est donc que l&rsquo;interdit n&rsquo;est pas si absolu. De plus, on l\u2019a d\u00e9j\u00e0 remarqu\u00e9, dans le suicide assist\u00e9 comme dans l&rsquo;euthanasie sous condition, s&rsquo;agit-il encore de tuer ? Il ne s&rsquo;agit que de se faire mourir soi-m\u00eame, de mourir par un acte choisi et non pas subi, avec l\u2019aide de l\u2019autre bienveillant. C&rsquo;est un acte de l\u00e9gitime d\u00e9fense contre la souffrance.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt; font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">L&rsquo;argument, de toute fa\u00e7on, n&rsquo;est pas recevable dans une R\u00e9publique la\u00efque, \u00e0 l&rsquo;oppos\u00e9 d&rsquo;une th\u00e9ocratie r\u00e9gl\u00e9e par la loi divine. L&rsquo;avis des croyants doit \u00eatre \u00e9cout\u00e9 dans l&rsquo;espace public du d\u00e9bat, mais ce d\u00e9bat rel\u00e8ve d&rsquo;arguments rationnels, pas de professions de foi ou de points de th\u00e9ologie.<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div id=\"attachment_99\" style=\"width: 294px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/www.parolesdetraverse.fr\/wp-content\/uploads\/2015\/01\/bosch-copier.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-99\" class=\"size-medium wp-image-99\" src=\"http:\/\/www.parolesdetraverse.fr\/wp-content\/uploads\/2015\/01\/bosch-copier-284x300.jpg\" alt=\"J\u00e9r\u00f4me Bosch, L\u2019Ascension vers l\u2019Empyr\u00e9e, 1504, d\u00e9tail\" width=\"284\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/www.parolesdetraverse.fr\/wp-content\/uploads\/2015\/01\/bosch-copier-284x300.jpg 284w, https:\/\/www.parolesdetraverse.fr\/wp-content\/uploads\/2015\/01\/bosch-copier.jpg 323w\" sizes=\"auto, (max-width: 284px) 100vw, 284px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-99\" class=\"wp-caption-text\">J\u00e9r\u00f4me Bosch, L\u2019Ascension vers l\u2019Empyr\u00e9e, 1504, d\u00e9tail<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;\">De l&rsquo;amour de la vie au droit de choisir sa mort<\/span><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;\">Concluons : La libert\u00e9 de choisir sa mort n\u2019atteinte pas \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019autrui. Il est l\u00e9gitime de traduire le principe \u00e9thique de cette libert\u00e9 dans une formulation juridique qui lui donne un champ d\u2019application l\u00e9gal. Il inaugurerait en France un <em>droit de<\/em> choisir sa mort (libert\u00e9 individuelle) conjoint \u00e0 un <em>droit \u00e0<\/em> l\u2019assistance au suicide (\u00ab devoir \u00bb de la soci\u00e9t\u00e9). Un droit suppl\u00e9mentaire, qui ne contraint personne et ne l\u00e8se personne, m\u00eame si l\u2019entourage est entra\u00een\u00e9, parfois \u00e0 contrecoeur, dans son sc\u00e9nario.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;\">On pourrait s&rsquo;attendre qu&rsquo;un consensus s&rsquo;obtienne autour d&rsquo;un tel droit \u00e0 la mort assist\u00e9e, mais la confrontation perdure. Il y a accord unanime sur quelques principes : le respect de la vie humaine, la dignit\u00e9 de la personne, l&rsquo;autonomie de la volont\u00e9, mais divergence dans leur compr\u00e9hension et dans leur hi\u00e9rarchisation. Or le maintien d&rsquo;une personne en vie, avec l&rsquo;effort pers\u00e9v\u00e9rant de la m\u00e9decine et de l&rsquo;entourage, est un principe, non une loi absolue. C&rsquo;est une vis\u00e9e qui s&rsquo;articule \u00e0 un autre principe, celui du libre-arbitre.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;\">En r\u00e9alit\u00e9, il n&rsquo;y a pas de conflit de valeur entre l&rsquo;amour de la vie et l&rsquo;affirmation de la libert\u00e9, entre le d\u00e9sir de vivre et celui, le moment venu, de choisir sa mort. C&rsquo;est le m\u00eame ensemble affirmatif puisque vivre et mourir sont ins\u00e9parables. Comme le dit Andr\u00e9 Comte-Sponville, \u00ab l<em>e droit de mourir fait partie du droit de vivre<\/em>. \u00bb<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;\">Il faut donc passer du \u00ab laisser mourir \u00bb hypocrite au \u00ab faire mourir \u00bb lorsqu\u2019il est demand\u00e9, de la s\u00e9dation terminale \u00e0 l\u2019assistance au suicide. Une personne doit pouvoir d\u00e9cider librement de poursuivre ou d&rsquo;arr\u00eater sa vie lorsque c&rsquo;est une vie sans issue domin\u00e9e par une souffrance physique ou psychique insupportable. La condition pr\u00e9alable en est un acc\u00e8s universel aux soins palliatifs, ce qui est encore loin d\u2019\u00eatre le cas aujourd\u2019hui.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;\">Alors, \u00ab donner la mort \u00bb, cette curieuse expression, trouve sa validit\u00e9. <em>Se donner la mort<\/em> par amour de la vie, comme une d\u00e9livrance, ou <em>donner la mort<\/em> demand\u00e9e, par amour de I&rsquo;autre &#8211; en tout cas par compassion <sup>15<\/sup>.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;\">Il reste \u00e0 fixer les conditions et les limites de l&rsquo;exercice de ce nouveau droit. Faut-il en \u00e9tendre la possibilit\u00e9 aux personnes qui souffrent d\u2019un handicap lourd et d\u00e9finitif, sans \u00eatre pour autant mourantes ? Oui\u00a0: c\u2019est un point qui d\u00e9coule de la discussion qui a \u00e9t\u00e9 men\u00e9e. Qu\u2019en est-il des personnes en \u00ab d\u00e9but de vie \u00bb, les nouveaux-n\u00e9s lourdement handicap\u00e9s : quel cadre fixer ? Et qu\u2019en est-il des enfants et des adolescents mineurs &#8211; aux Pays-Bas et en Belgique, la loi leur est ouverte &#8211; ? C&rsquo;est \u00e0 la loi de fixer les conditions d&rsquo;exercice de cette libert\u00e9. Les nombreuses propositions de loi pr\u00e9sent\u00e9es \u00e0 I&rsquo;Assembl\u00e9e nationale et au S\u00e9nat depuis 2005, montrent qu&rsquo;il est tout \u00e0 fait possible de cr\u00e9er ce nouveau droit, respectueux de la conscience de chacun et incluant toutes les situations de grande souffrance.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;\"><strong>NOTES ET COMMENTAIRE ICONOGRAPHIQUE<\/strong><\/span><\/p>\n<p><sup>1<\/sup> Selon l&rsquo;expos\u00e9 des motifs de la <a title=\"proposition de loi\" href=\"http:\/\/www.assemblee-nationale.fr\/14\/dossiers\/nouveaux_droits_personnes_fin_vie.asp\">proposition de loi<\/a>. Une <a title=\"consultation citoyenne\" href=\"http:\/\/www2.assemblee-nationale.fr\/consultations-citoyennes\/droits-des-malades-et-fin-de-vie\">consultation citoyenne <\/a>reste ouverte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><sup>2<\/sup> De nombreux sondages concordants ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9s en France. Celui de l\u2019IFOP command\u00e9 par l\u2019ADM (Association pour le droit de mourir dans la dignit\u00e9) donne 96 % de personnes favorables \u00e0 la l\u00e9galisation de l\u2019euthanasie (54% oui, absolument ; 42% oui, dans certains cas) : <a title=\"Sondage IFOP, octobre 2014\" href=\"http:\/\/www.admd.net\/les-sondages\/sondage-ifop-oct-2014.html\">Sondage Ifop oct. 2014 | AD MD &#8230;<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><sup>3<\/sup> Association pour le Droit de Mourir dans la Dignit\u00e9. <a href=\"http:\/\/www.admd.net\/\">ADMD<\/a>: 50, rue de Chabrol \u2013 75010 Paris. 01.48.00.04.16. infos@admd.net. L\u2019ADMD conseille pour la r\u00e9daction de directives anticip\u00e9es ; en l\u2019absence d\u2019un fichier national, elle recueille et archive les directives des adh\u00e9rents et des non-adh\u00e9rents. L\u2019ADMD a des sections dans tous les d\u00e9partements.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><sup>4<\/sup> On pourra lire, par exemple, le t\u00e9moignage de Nathalie GUEIRARD DEBERNARDI sur la fin de vie de son mari : <a href=\"http:\/\/https:\/\/www.change.org\/p\/pour-une-loi-sur-le-suicide-assist%C3%A9-en-france-en-2014-findevie\">Pour une loi sur le suicide assist\u00e9 en France.<\/a> Ou: <em>La derni\u00e8re le\u00e7on<\/em>, r\u00e9cit de No\u00eblle Ch\u00e2telet (Seuil, 2005) sur la fin de vie de sa m\u00e8re. Et voir : <em>Amour<\/em> (2012), r\u00e9alis\u00e9 par Michael Haneke, inspir\u00e9 par un fait qu\u2019a v\u00e9cu le cin\u00e9aste.<br \/>\nParmi les cas r\u00e9cents, celui, embl\u00e9matique, du t\u00e9trapl\u00e9gique <a href=\"http:\/\/tempsreel.nouvelobs.com\/tag\/vincent-lambert\">Vincent Lambert<\/a>,<br \/>\nenferm\u00e9 depuis cinq ans dans son \u00e9tat pauci-relationnel : sa femme r\u00e9clame l\u2019arr\u00eat des traitements, ses parents, traditionalistes catholiques, le refusent. L&rsquo;affaire est devant la Cour europ\u00e9enne des droits de l&rsquo;homme. On estime \u00e0 1500 le nombre de patients maintenu dans un \u00e9tat v\u00e9g\u00e9tatif, en France.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><sup>5<\/sup> Ce sont quelques uns des titres de propositions de loi pr\u00e9sent\u00e9es \u00e0 l&rsquo;Assembl\u00e9e 5nationale ou au S\u00e9nat depuis 2005, venant tant d&rsquo;\u00e9lus de droite que de gauche. Le \u00ab\u00a0<em>droit de vivre sa mort<\/em>\u00ab\u00a0, proposition d&rsquo;un d\u00e9put\u00e9 en 2009, est un audacieux oxymore.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><sup>6<\/sup> On trouvera un panel d\u2019arguments des opposants les plus farouches \u00e0 l\u2019euthanasie et au suicide assist\u00e9 sur le site d\u2019<a title=\"Alliance vita\" href=\"http:\/\/www.alliancevita.org\/\">Alliance Vita.<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><sup>7 <\/sup>\u00ab\u00a0Identit\u00e9 narrative\u00a0\u00bb est une formule de Paul Ricoeur dans <em>Soi-m\u00eame comme un autre.<\/em> Cette identit\u00e9 n&rsquo;est pas totalisable: elle est plurielle et comporte sa part d&rsquo;obscurit\u00e9, tandis que I&rsquo;oeuvre r\u00e9alis\u00e9e par chacun reste inachev\u00e9e et ouverte \u00e0 I&rsquo;interpr\u00e9tation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><sup>8 <\/sup>Philipe Ari\u00e8s <em>Essai sur l&rsquo;histoire de la mort en Occident du Moyen Age \u00e0 nos jours<\/em>, \u00e9d. du Seuil.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><sup>9<\/sup> On trouve d\u00e9j\u00e0 les termes de ce d\u00e9bat sur la signification de la mort chez S\u00e9n\u00e8que, repris par Montaigne: \u00ab\u00a0<em>Qu&rsquo;il ne faut juger de notre heur qu&rsquo;apr\u00e8s la mort<\/em>\u00ab\u00a0; \u00ab\u00a0<em>La pr\u00e9m\u00e9ditation de la mort est pr\u00e9m\u00e9ditation de la libert\u00e9.<\/em>\u00a0\u00bb (<em>Essais<\/em> I, chap. 18 et 19 \u00e9d. Pl\u00e9iade p80-98).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><sup>10<\/sup> A propos de sa demande de suicide assist\u00e9, Clara Blanc disait : \u00ab\u00a0Ce n\u2019est pas morbide, c\u2019est un hymne \u00e0 la vie, \u00e7a d\u00e9pend de ce qu\u2019on met derri\u00e8re ce mot.\u00a0\u00bb <a href=\"http:\/\/www.lemonde.fr\/societe\/article\/2008\/04\/01\/clara-blanc-31-ans-demande-elle-aussi-a-mourir_1029595_3224.html\">Clara Blanc, 31 ans, demande elle aussi \u00e0 mourir<\/a> &#8211; Le Monde.fr | 01.04.2008<\/p>\n<p><sup>11<\/sup> Faisons un saut dans la fiction : si l\u2019on suivait les plus int\u00e9gristes des \u00ab pro-vie \u00bb, il faudrait pratiquer un acharnement th\u00e9rapeutique g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9. Imaginons alors des dizaines de millions de personnes \u00e0 travers le monde appareill\u00e9es et intub\u00e9es dans des lits d\u2019h\u00f4pitaux ou \u00e0 domicile, tandis que des millions d\u2019autres, fortun\u00e9es, se feraient cryog\u00e9niser en attendant un hypoth\u00e9tique progr\u00e8s de la science permettant de les faire revivre&#8230; S\u2019agissant de croyants, on trouve ici paradoxalement l\u2019expression d\u2019un refus de la condition mortelle de l\u2019homme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><sup>12<\/sup> Comme le souligne Philippe Bataille \u00e0 propos du palliativisme consid\u00e9r\u00e9 comme solution unique: \u00ab\u00a0<em>J&rsquo;ai observ\u00e9 des accompagnants qui g\u00e9n\u00e8rent des situations d&rsquo;incompr\u00e9hension qui confine \u00e0 la cruaut\u00e9<\/em>\u00ab\u00a0. <a href=\"http:\/\/www.liberation.fr\/societe\/2012\/09\/14\/on-melange-aide-a-mourir-et-a-s-eteindre_846432\">On m\u00e9lange aide \u00e0 mourir et \u00e0 s&rsquo;\u00e9teindre <\/a>&#8211; Lib\u00e9ration 14 septembre 2012. On peut penser aussi \u00e0 ces patients qui ont <span style=\"background-color: #ffffff;\">demand\u00e9<\/span> \u00e0 mourir, qu\u2019on place sous \u00ab s\u00e9dation terminale \u00bb en arr\u00eatant toute <span style=\"color: #000000;\">alimentation<\/span> et toute hydratation, mais qu\u2019on r\u00e9veille \u00e0 plusieurs reprises pour leur demander s\u2019ils sont toujours d\u2019accord pour mourir.<\/p>\n<p><sup>13<\/sup> Marta Spranzi souligne I&rsquo;ambigu\u00eft\u00e9 de la loi de 2005 entre <em>faire<\/em> et <em>laisser<\/em> mourir \u00e0 propos des soins dits proportionn\u00e9s : \u00ab\u00a0<em>Le but des soins proportionn\u00e9s est de s&rsquo;assurer que malgr\u00e9 les gestes effectu\u00e9s, les soignants ne font pas mourir le patient mais le laissent mourir<\/em>.\u00a0\u00bb <a href=\"http:\/\/www.lemonde.fr\/idees\/article\/2012\/12\/13\/illusoire-laisser-mourir_1805947_3232.html\">Illusoire \u00ab\u00a0laisser mourir\u00a0\u00bb <\/a>&#8211; Le Monde du 13-12-2012. La distinction (ou non distinction) entre \u00ab s\u00e9dation profonde \u00bb et \u00ab s\u00e9dation terminale \u00bb, \u00ab euthanasie passive \u00bb et \u00ab euthanasie active \u00bb, entre \u00ab faire mourir \u00bb et \u00ab laisser mourir \u00bb doit \u00eatre pr\u00e9cis\u00e9e pour clarifier le d\u00e9bat.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><sup>14<\/sup> Corinne Van Oost, responsable d\u2019un r\u00e9seau de soins palliatifs en Belgique, s\u2019explique dans <em>M\u00e9decin et catholique, je pratique l\u2019euthanasie<\/em> (Presses de la Renaissance, 2014). Lire l\u2019article de La Croix du 14-09-2014 : <a href=\"http:\/\/www.la-croix.com\/Religion\/Actualite\/Un-medecin-catholique-qui-pratique-l-euthanasie-temoigne-2014-09-14-1205992\">Un m\u00e9decin catholique qui pratique l&rsquo;euthanasie t\u00e9moigne &#8230;<\/a><br \/>\nVoir aussi le rapport du groupe \u00ab r\u00e9flexion fin de vie \u00bb de l&rsquo;Union des \u00e9glises protestantes d&rsquo;Alsace et de Lorraine, en faveur du d\u00e9veloppement des soins palliatifs mais avec un regard nuanc\u00e9 sur l\u2019euthanasie : <a href=\"http:\/\/www.dna.fr\/edition-de-strasbourg\/2014\/04\/27\/la-fin-de-vie-est-la-vie\">La fin de vie est la vie<\/a> &#8211; Derni\u00e8res Nouvelles d&rsquo;Alsace du 27-04-2014.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><sup>15<\/sup> Piti\u00e9, sympathie, compassion, empathie : ces termes sont proches. <em>Piti\u00e9<\/em> a acquis une connotation n\u00e9gative ; <em>sympathie<\/em> a pris un usage trop large ; <em>compassion<\/em> signifie, au sens \u00e9tymologique, ressentir<em> avec<\/em> autrui (ressentir la souffrance de l&rsquo;autre) ; empathie, ressentir<em> dans<\/em> autrui (vivre la m\u00eame souffrance que l&rsquo;autre). Par honn\u00eatet\u00e9, <em>compassion<\/em> para\u00eet pr\u00e9f\u00e9rable.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>ICONOGRAPHIE<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le choix des images est en partie transversal par rapport au sujet de l\u2019article. La mort comme \u00e9v\u00e8nement est irrepr\u00e9sentable et sa pr\u00e9sence effective est une affaire priv\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Jacques-Louis David, <em>La Mort de Socrate<\/em>, 1787.<\/strong><br \/>\nLa mort de Socrate intervient dans une p\u00e9riode de troubles : emp\u00eacheur de tourner en rond des Ath\u00e9niens, il est mis en accusation, sous les fallacieux motifs d\u2019impi\u00e9t\u00e9 et de corruption de la jeunesse. Devant le Tribunal, il se d\u00e9fend de mani\u00e8re provocatrice et, du coup, il est condamn\u00e9 \u00e0 mort. Il refuse une proposition d\u2019\u00e9vasion, arguant qu\u2019il serait contraire \u00e0 son enseignement de violer les lois de la cit\u00e9 qui l\u2019a \u00e9lev\u00e9. Il accepte donc, par fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 lui-m\u00eame, de boire la cigu\u00eb. C\u2019est ce qui ressort des dialogues de Platon qui mettent en sc\u00e8ne le proc\u00e8s et les derniers jours de Socrate. Voil\u00e0 l\u2019exemple, en quelque sorte, d\u2019une \u00ab mort choisie \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Stephen Hawking<\/strong><br \/>\nLe cosmologiste britannique Stephen Hawking, n\u00e9 en 1942, est atteint depuis sa jeunesse d\u2019une maladie neurologique d\u00e9g\u00e9n\u00e9rative paralysante, il a surv\u00e9cu jusqu\u2019\u00e0 ce jour en d\u00e9jouant tous les pronostics. Il est favorable au droit \u00e0 l\u2019euthanasie pour les malades en phase terminale (Le Parisien du 18\/09\/2013). Image pr\u00e9lev\u00e9e sur le site de healthdebates.com.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>David Bailly, <em>Autoportrait avec les symboles de la vanit\u00e9<\/em>, 1651<\/strong><br \/>\n\u00ab La vanit\u00e9 \u00bb, dans les beaux-arts, est la repr\u00e9sentation symbolique du caract\u00e8re \u00e9ph\u00e9m\u00e8re de la vie humaine. Dans le tableau de Bailly, on peut voir, sur la diagonale descendante : le peintre, le portrait de son p\u00e8re d\u00e9c\u00e9d\u00e9, un cr\u00e2ne. Les fleurs, la bougie qui s\u2019\u00e9teint, le verre renvers\u00e9, les bulles de savon, le sablier, la pipe repr\u00e9sentent la fragilit\u00e9 des choses, la consumation des \u00eatres et la fuite du temps, dans une atmosph\u00e8re caract\u00e9ristique du \u00ab baroque \u00bb. S\u2019ajoute l\u2019inscription en latin tir\u00e9e de <em>L\u2019Eccl\u00e9siaste<\/em> : \u00ab <em>vanit\u00e9 des vanit\u00e9s, tout est vanit\u00e9<\/em> \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>J\u00e9r\u00f4me Bosch, <em>L\u2019Ascension vers l\u2019Empyr\u00e9<\/em>e, 1504, d\u00e9tail<\/strong><br \/>\nCe d\u00e9tail est tir\u00e9 d\u2019un diptyque du <em>Paradis Terrestre<\/em> et de<em> L\u2019Ascension vers l\u2019Empyr\u00e9e<\/em>. Il rappelle les descriptions &#8211; connues depuis l\u2019Antiquit\u00e9 &#8211; faites par des personnes qui sont revenues d\u2019une exp\u00e9rience de proximit\u00e9 avec la mort (coma, arr\u00eat cardiaque) : vision d\u2019un tunnel conduisant \u00e0 une lumi\u00e8re, impression de bien-\u00eatre total et de fusion dans le tout, etc. On peut supposer que la proximit\u00e9 de la mort provoque une d\u00e9charge d\u2019endomorphine dans le cerveau et une hyperactivit\u00e9 \u00e9lectrique du cortex visuel. Si le cas \u00e9tait g\u00e9n\u00e9ral, ce qui est difficilement v\u00e9rifiable, cela signifierait que toute mort, finalement, est \u00ab douce \u00bb.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab Qui apprendrait les hommes \u00e0 mourir, leur apprendrait \u00e0 vivre \u00bb : cette maxime de Montaigne (Essais, I, chap. 19) sonne aujourd\u2019hui \u00e0 nos oreilles comme une pens\u00e9e exotique. Elle signifie pour le moins qu\u2019il y a un rapport &hellip; <a href=\"https:\/\/www.parolesdetraverse.fr\/?p=92\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[8],"tags":[],"class_list":["post-92","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-societe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.parolesdetraverse.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/92","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.parolesdetraverse.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.parolesdetraverse.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.parolesdetraverse.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.parolesdetraverse.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=92"}],"version-history":[{"count":42,"href":"https:\/\/www.parolesdetraverse.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/92\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":351,"href":"https:\/\/www.parolesdetraverse.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/92\/revisions\/351"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.parolesdetraverse.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=92"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.parolesdetraverse.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=92"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.parolesdetraverse.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=92"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}