Lysistrata. Révolte des femmes, trouble dans le genre (1)

Lysistrata, c’est le nom de l’héroïne de la pièce éponyme d’Aristophane, le maître de la comédie dans la Grèce antique. C’est, étymologiquement, celle qui dissout l’armée ; Victor-Henry Debidour dans sa traduction facétieuse l’appelle « Démobilisette ». Cette femme, à la fois sage et extravagante, invente l’arme infaillible pour arrêter les ravages de la guerre qui oppose les cités grecques : la « grève du sexe », stratagème pacifique pour faire taire la violence.

Dans Lysistrata, il est donc question des femmes, les laissées pour compte de ce monde excessivement patriarcal. Ce qui est joué, ô scandale, c’est une révolte collective des femmes reliant de façon spectaculaire la conduite des affaires de l’Etat avec l’intimité des relations amoureuses.

Ces femmes rejettent l’addiction masculine à la guerre, et vont jusqu’à prendre le pouvoir en occupant les lieux stratégiques de la cité, affrontant héroïquement les hommes. Inversion des rôles : le féminin se fait masculin, le masculin est rabattu sur le féminin, la frontière se brouille, il y a trouble social et trouble dans le genre. Lire la suite

Lysistrata. Révolte des femmes, trouble dans le genre (2)

La « modernité » d’Aristophane, et singulièrement celle de Lysistrata, frappe le lecteur par les thèmes mis en scène : la guerre et la paix, le public et le privé, la domination et l’égalité, le sexe et le genre, et par la forme : cette langue jubilatoire qui sait conjoindre l’aérien et le pesant, la formule brillante et la pure obscénité.

Dans cette deuxième partie est reprise la question du trouble dans le genre. On évoque les bas-fonds de l’obscénité, pour passer à l’inversion des rôles sexués et déboucher sur l’idéal d’un amour conjugal partagé, presque à la façon d’une ascension platonicienne ! Retour ensuite sur l’actualité et sur le caractère prémonitoire de Lysistrata. Lire la suite

Nous sommes tous Charlie

je suisLa fête est gâchée, l’insouciance effondrée. L’humour comme propre des humains, le droit à la parole, la liberté de penser sont devenus les cibles des groupes sectaires assoiffés de sang : tais-toi Charlie ou meurs. La cible est plus large : s’ajoutent les juifs, les policiers, et finalement tout ce qui n’est pas formaté intégriste. Cet islam n’est pourtant pas l’islam tout comme ce blasphème n’est pas même un blasphème. Il y a des murs d’incompréhension quant au partage entre sacré et profane. Notre innocence elle-même se révèle être un leurre : la République a failli, le « vivre-ensemble » a été traité avec désinvolture. Que faire maintenant après l’incomparable moment fusionnel du 11 ? L’article qui suit ne répond pas à cette question, il a été écrit à chaud entre le 7 et le 9 janvier. Lire la suite

Mai 68, la nostalgie en moins.

usine 250Mai 68, cet évènement improbable dont la date de péremption est largement dépassée est aujourd’hui recyclé en mythe négatif par les nouveaux anti-Mai 68. Essai de bilan de « l’esprit de mai 68 », où l’on traverse en diagonale le néo-libéralisme, l’individualisme contemporain, les luttes d’ouvriers et de paysans, la question écologique, la libération sexuelle, le dogme religieux, l’effondrement des valeurs, la démocratie directe, Internet, pour tenter de cerner ce qui fait la spécificité de Mai 68. Lire la suite